SOS Racisme Partenaire de Quat'rues

Affichage des articles dont le libellé est Sabeg. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sabeg. Afficher tous les articles

samedi 30 mai 2009

Hexagone: Stats ethniques: Sabeg en mode mineur

Le terme honni de «statistiques ethniques» ne figure pas une seule fois dans le Programme d’action et recommandations pour la diversité et l’égalité des chances, remis hier par Yazid Sabeg à Nicolas Sarkozy. De même, le Haut commissaire à la diversité et à l’égalité des chances n’annonce plus le dépôt d’un projet ou d’une proposition de loi visant à «rendre licite la mesure de la diversité».

Marche arrière toute? Cornaqué depuis quelques semaines par Eric Besson, le ministre de l’Immigration, Sabeg a-t-il été contraint de baisser d’un ton? En janvier, ce grand patron d’origine berbère provoquait le scandale en affirmant que la France était «en train de creuser un sillon menant tout droit à l’apartheid». «On est en train de créer une guerre civile sociale dans ce pays qui est peut-être en train de devenir une guerre communautaire demain», ajoutait-il.

Sur le fond, Sabeg ne cède rien. Il réaffirme dans son rapport que la France a besoin d’«améliorer (sa) connaissance des phénomènes migratoires par une meilleure mesure de la diversité». Cette mesure s’effectuerait sur la base «d’enquêtes anonymes et volontaires», un «comité scientifique et d’éthique permanent» étant chargé de «valider des procédures de collecte» de ces données.

Parfois taxé de visées communautaristes, accusé de vouloir importer en France la discrimination positive çà l'américaine, le Haut commissaire prend soin de précise que les 76 «actions» qu'il préconise pour améliorer la diversité et l’égalité des chances «ne visent pas une catégorie de Français en particulier, mais bien l’ensemble de nos concitoyens».

Etonnante, compte tenu de la prudence de Sabeg, est la réaction du Conseil représentatif des association noire de France (Cran). Alors que cette association est la seule à soutenir inconditionnellement la mesure de la diversité, elle voit dans ce rapport la marque d’un «volontarisme historique au sommet de l’Etat». En revanche, SOS Racisme, farouchement opposé aux statistiques ethniques, critique une «absence de propositions fortes», et déplore un abandon de la «politique de lutte contre les discriminations au profit d'une politique de "promotion de la diversité"».

Rendu prudent par la polémique qu’ont soulevées les déclarations de Yazid Sabeg, Nicolas Sarkozy se prononcera «dans deuxième quinzaine de juin» sur les suites à lui donner à ces propositions.

Des statistiques de la diversité, et après ?, par Patrick Gaubert et Christian Charrière-Bournazel - LeMonde.fr

LE MONDE | 11.05.09 | 14h30

Il existe " une impossibilité persistante à mesurer de façon quantifiée, scientifique et totalement satisfaisante les résultats des politiques diversité dans tous les domaines", comme le rappelle Claude Bébéar dans son rapport 2004 réactualisé et remis à M. Yazid Sabeg, au début du mois de mai. Le récent débat sur les statistiques de la diversité a presque réussi à nous faire oublier les victimes de discriminations qui constituent, rappelons-le, un délit pénal.

En effet, si les statistiques de la diversité, même imparfaites, peuvent être utiles, particulièrement pour les médias, afin de disposer d'un reflet de la société, elles ne sauraient tenir lieu de politique de lutte contre les discriminations, sauf à créer des quotas, ce dont personne ne veut, y compris en Grande-Bretagne.

La France a construit au cours de la dernière décennie un solide arsenal législatif antidiscrimination. Son socle est constitué de quatre lois, celle de novembre 2001, qui instaure le cadre général de lutte contre les discriminations, celle de décembre 2004, qui crée la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde), celle de mars 2006 pour l'égalité des chances, qui renforce ses pouvoirs et, enfin, celle de mai 2008, qui précise la définition des discriminations. Puisque le cadre législatif et juridique existe, il faut le faire vivre, et la loi doit être appliquée. Nous sommes loin du compte.

Quelle entreprise reconnue comme discriminante s'est vue, par exemple, condamnée par les tribunaux à verser l'amende maximale prévue par la loi ? Aucune, puisque, au-delà d'une amende plafond, la condamnation est portée sur le casier judiciaire de la personne morale. La lutte contre les discriminations exige une plus grande exemplarité des jugements. L'indulgence fait le lit de l'impunité.

La Halde, par son travail de signalement, de médiation et de réparations individuelles, est un élément important de cette lutte, mais ne peut pas dispenser la puissance publique d'un véritable volontarisme et d'un engagement fort de tous les acteurs économiques et sociaux.

De même, la chancellerie s'était engagée, en juin 2007, à créer des pôles antidiscrimination composés d'un magistrat du siège et d'un délégué du procureur dans tous les parquets. Elle promettait aussi d'encourager les procureurs de la République à se saisir des affaires signalées. Pourtant, malgré la signature de conventions, syndicats et associations sont toujours seuls pour accompagner les victimes dans leurs démarches et les soutenir au long d'interminables et coûteuses procédures. Le blocage avéré des parquets handicape le plaignant comme les associations. Les fréquents classements sans suite, les lenteurs des procédures, la non-prise en compte des preuves apportées par les campagnes de testing contribuent à l'autocensure et à la résignation des victimes. Aussi serait-il enfin profitable à cette lutte que le législateur autorise les plaintes collectives.

Par ailleurs, le rapport publié le 28 avril par la Commission nationale de la déontologie de sécurité est très critique sur les pratiques quotidiennes de la police. La lutte contre les discriminations porte sur les abus de contrôles au faciès accompagnés d'inutiles fouilles au corps et menottage.

Ces pratiques alimentent chez les victimes et les témoins le sentiment d'injustice et le ressentiment. Les interpellés devraient pouvoir identifier systématiquement les agents chargés du contrôle dont ils ont fait l'objet. Dans le cadre de la prévention des discriminations, il faudrait envisager une formation initiale et continue des agents de la force publique, de même que l'inspection générale des services devrait être davantage sensibilisée et impliquée.

Le logement est également un secteur essentiel de discriminations tant dans le logement privé que social. A cet égard, le respect de la loi Solidarité et renouvellement urbains (SRU) est une obligation tant légale que morale. Or celle-ci est encore loin d'être appliquée partout et dans la même mesure. Ne faudrait-il pas, en outre, protéger les candidats au logement par l'anonymisation des demandes et encourager l'intermédiation par des associations ou bailleurs sociaux pour mobiliser le parc privé.

Quant au secteur de l'emploi, c'est sans doute le plus exposé aux pratiques discriminatoires. Il est temps que le décret d'application de la loi de mars 2006 sur la généralisation du CV anonyme soit enfin publié et appliqué. D'autres outils existent : le recrutement par habileté, la formation des recruteurs et managers, l'audit interne (ou autotesting) des discriminations, le tutorat, etc. Il faut également permettre aux partenaires sociaux de mieux s'impliquer dans les affaires de discrimination comme dans les politiques préventives internes. Enfin, le législateur devrait rendre obligatoire la tenue d'un registre des candidatures à l'embauche. Ce registre serait consultable par toutes les parties, recruteurs comme recrutés.

Et puis, il y a les coupables. C'est toute une pédagogie de la lutte antidiscrimination qu'il nous faut bâtir en leur direction. Elle devrait avoir un volet constructif au moyen de campagnes grand public sur les bonnes pratiques dans le monde de l'entreprise notamment, de plans de formation des acteurs concernés, de la mise en valeur de réussites individuelles ou collectives. Mais cette lutte doit également comporter un volet accusateur. Des instruments efficaces existent comme le testing, la révision des règlements intérieurs tenant compte de la lutte contre les discriminations et leur affichage systématique. Enfin, et ce qui aura le plus de poids car il jette le discrédit sur une entreprise et ses marques : le naming and shaming. Nommer et entacher la renommée pèsent non seulement sur le discriminateur, conduisent à l'information du grand public, mais aussi, par sa valeur d'exemplarité, modifient en profondeur les comportements.

Les discriminations et le racisme se nourrissent l'un l'autre et renforcent les crispations sociales. Il y a urgence pour l'actuel gouvernement à s'engager résolument dans la lutte contre toutes les discriminations.


Patrick Gaubert est président du Haut Conseil à l'intégration et président de la Licra.

Christian Charrière-Bournazel est bâtonnier de l'ordre des avocats du barreau de Paris.

Des statistiques de la diversité, et après ?, par Patrick Gaubert et Christian Charrière-Bournazel - LeMonde.fr

jeudi 14 mai 2009

Sabeg remet son rapport sur la diversité, Sarkozy décidera fin juin - Libération

Le commissaire à la diversité et à l’égalité des chances Yazid Sabeg a remis ce jeudi son rapport au chef de l'Etat. Qui ne tranchera, notamment sur la question des statistiques ethniques, qu'après le 15 juin.

Après plusieurs semaines de confusion et sur fond de polémique sur les statistiques ethniques, le commissaire à la diversité et à l’égalité des chances, Yazid Sabeg, a remis aujourd'hui son rapport sur la promotion de la diversité. Alors? Alors rien de bien neuf, car, si les principales mesures étaient déjà connues, il faudra attendre selon Yazid Sabeg «la deuxième quinzaine de juin» pour savoir quelles suites Nicolas Sarkozy comte leur donner.

Les 76 «actions» contenues dans le rapport d’une centaine de pages, et qui portent essentiellement sur l’éducation et l’emploi des jeunes, ont le «soutien total» de Nicolas Sarkozy, a assuré Sabeg à la sortie de l'entretien.

Sur la question très polémique de la mesure de la diversité, Sabeg se prononce dans son rapport en faveur du recueil de données statistiques permettant de refléter des critères ethniques, mais sur la base «d’enquêtes anonymes et volontaires».

Doubler les formations en alternance

En plus de l’avis que des scientifiques doivent rendre sur ce point le 30 juin, «j’ai suggéré que nous saisissions le conseil d’Etat pour valider l’analyse qui est contenue dans mon rapport sur ce point», a-t-il déclaré. Le chef de l’Etat «a souhaité que cette mesure soit mise en œuvre pour répondre à des besoins extrêmement précis, à la fois pour aider l’action publique et pour renforcer les moyens de lutte contre les discriminations, il n’a pas dérogé à ce point».

Dans le rapport, le commissaire suggère la mise en place d’un «comité scientifique et d’éthique permanent» qui serait chargé de «valider des procédures de collecte» de ces statistiques.

«Absence de propositions fortes»

Parmi ses autres propositions, il suggère de doubler le nombre de jeunes bénéficiant d’une formation en alternance en obligeant, d’ici à la fin 2011, les entreprises de plus de 50 salariés à y placer 5% de leurs salariés ou de «rationaliser» les filières technologiques.

En matière de «démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur», il propose que 20% des élèves recrutés par l’Ecole nationale d’administration (ENA) au titre du troisième concours soient issus de la diversité.

Du côté des associations, le rapport divise. Le Cran y voit la marque d'un «volontarisme historique au sommet de l'Etat», SOS Racisme critiquant au contraire ce jeudi une «absence de propositions fortes», un «réchauffé d'une série d'annonces faites par Nicolas Sarkozy».

Sabeg remet son rapport sur la diversité, Sarkozy décidera fin juin - Libération

mercredi 29 avril 2009

Yazid Sabeg, un commissaire de plus en plus présent - Bakchich

Bisbilles / mardi 31 mars par Marion Mourgue, Eric Laffitte

Le rapport que Yazid Sabeg doit remettre à Nicolas Sarkozy sur l’égalité des chances - et dont Bakchich s’est procuré quelques extraits - empiète sensiblement sur le terrain d’action de Fadela Amara.

Mardi dernier, Nicolas Sarkozy a reçu Yazid Sabeg, selon l’entourage du commissaire à la Diversité et à l’Égalité des chances ; une information démentie par l’Élysée. Le rendez-vous, non inscrit à l’agenda officiel, faisait suite à l’annulation de la remise du rapport du Commissaire, pour cause d’agenda présidentiel trop chargé.

Depuis sa nomination, fin décembre, Yazid Sabeg buchait sur les mesures à mettre en place pour lutter contre les discriminations, parmi lesquelles la mise en place très controversée d’un outil d’évaluation de la diversité. Comme pour couper court aux rumeurs d’une mise à l’index par l’Élysée, après la polémique autour de cet outil d’évaluation, l’entourage de Sabeg précise : « Nicolas Sarkozy et Claude Guéant ont validé les grandes lignes du rapport ». En clair, aucun problème sous le soleil. Tout dépend pour qui…

Car le rapport préparé par le commissaire et qui, en principe, devrait être publiquement remis au Président dans les jours ou les semaines qui viennent, et dont Bakchich s’est procuré quelques extraits, empiète étrangement sur le domaine d’activités de Fadela Amara. La secrétaire d’État, en charge de la politique de la ville, a sous sa responsabilité un millefeuille institutionnel qui ne facilite pas son action : les ZUS (zones urbaines sensibles), les ZFU (Zones franches urbaines), les ZEP (Zones d’éducation prioritaire), les zones de développement Anru (Agence nationale de rénovation urbaine) et les Cucs (Contrats urbains de cohésion sociale). Rien que ça !...

http://www.bakchich.info/Yazid-Sabeg-un-Haut-Commissaire-de,07238.html

lundi 20 avril 2009

Corrigeons nos pratiques, mais pas nos principes, par Bariza Khiari et Samuel Thomas - Opinions - Le Monde.fr

Corrigeons nos pratiques, mais pas nos principes, par Bariza Khiari et Samuel Thomas - Opinions - Le Monde.fr

L' offensive en faveur des statistiques ethniques figurait dans les déclarations de campagne du candidat Sarkozy. La première salve fut sournoise : par un amendement au projet de loi relatif à l'immigration, à l'asile et à l'intégration, la majorité parlementaire autorisa la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) à banaliser le recours aux statistiques ethniques, avant que le Conseil constitutionnel ne censure ce dispositif, le 15 novembre 2007. M. Sarkozy récidiva le 8 janvier 2008, en évoquant la modification de la Constitution afin d'y inscrire le principe de diversité. Le Comité chargé d'étudier cette nouvelle proposition conclut en décembre 2008 qu'elle était inopportune. Qu'importe, Nicolas Sarkozy nomme Yazid Sabeg, partisan notoire des statistiques ethniques, commissaire à la diversité, afin de mener à terme cette entreprise.

Aux yeux de M. Sabeg, la polémique sur les statistiques ethniques serait un remake de la lutte opposant les Anciens et les Modernes. Il faudrait, au nom du volontarisme politique, oublier l'histoire, faire fi de nos objections de principe et sacrifier les idéaux républicains sur l'autel de l'évaluation des politiques publiques. Exit donc le préambule de 1946, selon lequel "tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés". Troublante inversion des valeurs : en guise de modernité, on ne nous propose qu'une invraisemblable régression.

Nous tenons à réaffirmer notre conviction : on ne peut prétendre lutter contre les discriminations en reproduisant le schéma mental de ceux qui discriminent. Nous sommes fidèles à l'idéal d'égalité républicaine, non par conservatisme, mais parce qu'il reste le plus beau, le plus noble. De surcroît, la mesure proposée, fondée sur le sentiment d'appartenance à une communauté et l'autodéclaratif, est contestable. Tel se déclarera arabe, tel autre mettra en avant son appartenance kabyle, berbère, religieuse, ou nationale. Faudra-t-il autant de variables que de réponses données ?

PRÉTENDUE IMPUISSANCE

La question n'est pas seulement de savoir s'il est possible de mesurer la diversité, mais de savoir si, à partir de ces mesures, il est possible d'impulser des politiques publiques efficaces. Faut-il, une fois qu'on aura par exemple mesuré qu'il y a 10 % de Français qui se disent discriminés car noirs de peau, leur réserver 10 % des places en filières sélectives, 10 % des places en position éligible sur les listes électorales ?

On ne peut bâtir une politique de long terme sur une donnée aussi imprécise et volatile que le sentiment d'appartenance. Face à tous les tenants de politique de quotas, de comptage ou d'assignation communautaire, nous croyons que la meilleure réponse aux discriminations reste l'application radicale du principe d'égalité.

Elus, acteurs économiques ou associatifs, nous devons engager une véritable rupture dans la lutte contre les discriminations. Pas une rupture avec nos principes, mais avec nos pratiques ou notre complaisance. Cette rupture, c'est celle de la volonté politique, des moyens et des mentalités. Les législations prohibant les discriminations ou le fichage ethnique existent depuis plus de trente ans. Jusqu'à présent, peu de sanctions ont été prononcées. Nous demandons la juste et stricte application de la loi. C'est la seule façon de démanteler les systèmes discriminatoires qui gangrènent notre société.

Les républicains ne peuvent plus se retrancher derrière une prétendue impuissance politique. Dans les collectivités territoriales, les offices HLM, les missions locales, les élus disposent d'un réel pouvoir de décision et de sanction. Ainsi, les maires peuvent retirer l'autorisation d'ouvrir après minuit à une discothèque épinglée pour discrimination. Au niveau national, nous devons exiger la mise en oeuvre d'une politique réelle de lutte contre les discriminations et dénoncer les mesures d'affichage du gouvernement. Les discriminations sont des actes de délinquance, il faut leur appliquer le même traitement qu'aux autres. Les outils de l'égalité républicaine existent. Le CV anonyme a été adopté en 2006 par le Parlement, mais le gouvernement refuse toujours de prendre les décrets nécessaires à son application.

Le 11 février, le Sénat a adopté à l'unanimité une proposition de loi visant à supprimer les "emplois fermés" dans le secteur libéral et privé. En effet, en vertu de la réglementation en vigueur, un étudiant extracommunautaire ayant effectué l'intégralité de ses études de médecine, d'architecte, d'expert-comptable, etc., en France n'a pas, en théorie, le droit d'exercer. Ces restrictions d'accès liées à la nationalité datent du début du XXe siècle. Elles sont connotées, obsolètes, et moralement condamnables. Pire, elles encouragent les discriminations illégales. Le gouvernement dispose là d'un outil législatif républicain et méritocratique pour faire preuve de sa détermination à lutter contre les discriminations.

Si nous cédons aux sirènes de ceux qui, sous couvert de mesure de la diversité, prétendent banaliser les statistiques ethniques en France, nous aurons perdu nos principes et la bataille idéologique que nous ont lancée les néoconservateurs et réactionnaires de tous poils. Pour eux, il s'agit en réalité d'occulter la question sociale et de faire peser la responsabilité des inégalités sur des variables ethniques. Face à cette offensive, réaffirmer nos principes ne suffit pas, nous devons leur donner une réalité en menant une véritable politique de lutte contre les discriminations et en traitant d'urgence la question sociale.


Bariza Khiari est sénatrice PS de Paris et Samuel Thomas vice-président de SOS-Racisme.

Comptage ethnique : un débat confus et paradoxal, par Eric Fassin - Opinions - Le Monde.fr

Comptage ethnique : un débat confus et paradoxal, par Eric Fassin - Opinions - Le Monde.fr

Un débat peut en cacher un autre. Pour ou contre les 'statistiques ethniques' (ou la 'mesure de la diversité') ? Les camps s'organisent une fois encore : face à Yazid Sabeg, commissaire à la diversité, se dresse Patrick Gaubert, président du Haut Conseil à l'intégration (HCI) ; et face au comité présidé par François Héran, directeur de l'Institut national d'études démographiques (INED), une contre-commission de chercheurs se met en place.

Pour les uns, s'aveugler à la couleur au nom de la République, c'est laisser faire les discriminations raciales. Pour les autres, l'universalisme, supposé français, serait en butte au communautarisme, réputé "anglo-saxon". Pour les premiers, il faut bien mesurer les discriminations si l'on veut les combattre. Pour les seconds, les catégories mobilisées contribueraient à l'assignation d'identités raciales.

Entre les uns et les autres, l'écart n'est pourtant pas si grand. Tous s'accorderaient sur un même objectif : lutter contre les discriminations. Les oppositions ne portent donc pas sur les fins, mais sur les moyens. Or, même sur ce point, les différences sont bien moins importantes qu'il n'y paraît. En particulier, personne ne propose aujourd'hui d'introduire des catégories racialisées dans le recensement : il n'est question que des enquêtes publiques - au risque d'ailleurs de laisser le champ libre aux seuls sondages privés.

Surtout, nul ne récuse la mesure. Pour le HCI, Jean-François Amadieu conduit ainsi une étude quantitative sur les élus municipaux issus de l'immigration : les adversaires des "statistiques ethniques" ne dédaignent donc pas la "mesure de la diversité"... Certes, de peur d'encourager l'identification communautaire, ils refusent de prendre en compte les données "subjectives" - le "ressenti", c'est-à-dire non seulement le sentiment d'appartenance, mais aussi l'expérience des discriminations. Pour autant, ils n'hésitent pas à s'appuyer sur des données "objectives" - non seulement sur le pays de naissance des parents, mais aussi sur les noms et prénoms, soit des indicateurs indirects (et approximatifs) de l'origine. Bref, le différend porte bien sur les méthodes : selon les uns, on dispose déjà de tous les outils requis, alors que, pour les autres, il est nécessaire de se doter d'instruments nouveaux.

Ces faibles divergences rendent paradoxale la polémique actuelle. C'est qu'en fait ce débat en cache un autre : non pas "pour ou contre ?", mais "pour quoi faire ?". Or, faute de débattre sur les usages possibles de la mesure, on entretient la confusion. La commission Veil sur la diversité a bien rejeté les "politiques d'action positive à fondement ethnique ou racial", mais pas les "statistiques ethniques" - enquêtes à partir de données "objectives", voire "subjectives", comme le "ressenti d'appartenance" : au contraire, "le comité, pas plus que l'immense majorité des scientifiques, ne comprendrait qu'elles soient interdites, tant il est vrai que la lutte contre les discriminations suppose de pouvoir les mesurer".

Le chef de l'Etat a repris cette double logique dans son discours du 17 décembre 2008 : "Si la question des statistiques pour mesurer les inégalités et les discriminations liées à l'origine est ouverte, la question d'une politique fondée sur des critères ethniques ou religieux doit être close." A quoi serviraient donc ces statistiques ? Non pas à définir les catégories de l'action publique, mais seulement à en mesurer les effets éventuels. C'est pourquoi Yazid Sabeg ne prévoit pas d'attendre les conclusions du comité Héran pour rendre son propre rapport sur la promotion de la diversité. Il veut non pas mesurer pour combattre, mais seulement mesurer pour évaluer.

Certes, d'aucuns espèrent que la "mesure de la diversité" débouchera malgré tout, au-delà des "boursiers" déjà recrutés sur "critères sociaux", sur une action positive répondant spécifiquement à la discrimination raciale. D'autres à l'inverse craignent que les "statistiques ethniques" n'ouvrent la porte à des statistiques racistes, par exemple pour la criminalité. Reste que des statistiques conçues "à toutes fins utiles" pourraient bien, du moins à court terme, n'avoir qu'une fonction : mesurer pour mesurer. Demander "pour quoi faire ?" engagerait au contraire à les utiliser, en évitant leur instrumentalisation raciste, au service d'une action positive. A défaut d'un tel engagement, à quoi sert aujourd'hui la controverse ? Pour Nicolas Sarkozy, le bénéfice est clair : grâce à cet affichage, il paraît garder l'avantage sur la gauche en matière de diversité. Sans doute divise-t-il la majorité, mais plus encore l'opposition - sans parler des chercheurs.

Et si rien ne devait résulter de cette politique de la confusion, il en imputerait la responsabilité aux conservatismes de tous bords. Beaucoup de bruit pour rien ? En réalité, sa rhétorique aurait entretenu l'illusion, selon la formule du chercheur Patrick Simon, que "la lutte contre les discriminations" serait "passée à droite". Pourtant, l'inaction avérée de la gauche en ce domaine ne devrait pas suffire à faire prendre l'agitation de la droite pour une véritable action.

L'enjeu est d'autant plus important que la diversité permet au président de corriger l'image moins flatteuse que lui valent les quotas d'expulsions. Sans doute Yazid Sabeg prétend-il dissocier les deux sujets. Mais c'est bien le ministre de l'immigration qui, au nom de l'intégration, fait aujourd'hui de la diversité un label : non seulement cette ouverture rachèterait l'exclusion des étrangers, mais, surtout, la rigueur en matière d'immigration serait la condition de la générosité en matière de diversité. Or la suspicion généralisée à l'encontre des étrangers encourage les discriminations que subissent ceux qui leur ressemblent - autrement dit, les minorités visibles. Le débat sur les statistiques ne doit pas le faire oublier : xénophobie et diversité font rarement bon ménage.


Eric Fassin est sociologue à l'Ecole normale supérieure.

Hypocrisie et imposture scientifique, Stéphane Jugnot - Opinions - Le Monde.fr

Hypocrisie et imposture scientifique, Stéphane Jugnot - Opinions - Le Monde.fr:

Dans Le Monde du 25 mars, François Héran, missionné par Yazid Sabeg, se livre à une défense et illustration des statistiques ethnoraciales en laissant de côté des questions essentielles, sur un sujet où l'imposture scientifique côtoie beaucoup d'hypocrisie. Hypocrisie d'abord lorsqu'il promeut l'appellation 'diversité' pour taire la race et l'ethnie, que d'autres pays n'hésitent pas, eux, à afficher clairement. Dès lors que l'on distingue les 'Noirs' ou les 'Arabes', le fait de tenir compte aussi d'autres informations, comme les qualifications ou l'origine sociale, ne fait pas disparaître par miracle la dimension ethnique de l'analyse. Et ce faisant, elle valide une vision raciale de la société.

En 1998, Patrick Simon écrivait que "la reconnaissance des identités ethniques par l'intermédiaire de la catégorisation scientifique laisse entier le risque de réification des groupes ethniques". Curieuse démarche scientifique que de prôner un instrument de mesure qui déforme les réalités que l'on veut observer. Les pays qui développent ce genre d'outils ne le font pas dans une démarche de connaissance des discriminations mais pour servir une législation qui promeut l'"affirmative action". Les catégories qu'ils utilisent ne sont pas scientifiques, elles viennent de décisions politiques.

On semble nous dire que le facteur ethnoracial est une réalité sociale évidente à prendre en compte. Mais selon quelle catégorisation ? Aux Etats-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne, on parle de "Noirs", de "Blancs", mais pas de "Jaunes". Les Asiatiques sont distingués selon leur pays d'origine. Pourquoi ce distinguo ? Dans les interactions, le raciste, conscient ou inconscient, repérerait-il la nationalité des uns mais pas celles des autres ? La réponse de Yazid Sabeg est prête : ce sera de l'autodétermination. Encore une hypocrisie, car l'autodétermination n'existe que si la question des origines ou de l'identité est une question ouverte. Et cela conduit alors à un inventaire peu opérationnel parce qu'une même personne peut, selon le moment, se dire, par exemple, tantôt égyptienne, tantôt arabe, tantôt copte, tantôt française. Pour l'éviter, les chercheurs guideront l'enquêté, soit en proposant une classification, complétée d'une rubrique "autre" ; soit en donnant des exemples qui lui forceront la main.

Que répondriez-vous à la question : "Comment définiriez-vous votre identité ?" selon que l'on vous précise : "par exemple : Français, Algérien, Turc" ; "par exemple : Français, Breton, Basque" ; "par exemple : Noir, Arabe, Chinois" ? Et que diriez-vous si l'on se contentait d'un "comment définiriez-vous votre identité ?". Le même exercice vaut pour cette question : "Comment pensez-vous que les autres vous voient ?" Parce qu'il n'y a pas de grille de lecture ethnoraciale naturelle, demander à quelqu'un de se classer selon des catégories imposées ou suggérées ne le laisse pas libre de définir son origine.

M. Héran semble mettre sur le même plan les variables "objectives", comme la nationalité ou le pays d'origine, et les variables "subjectives". Curieuse approche scientifique que de prôner des mesures à partir de concepts flous. Alors que les économètres renvoient de plus en plus souvent au placard la catégorie socioprofessionnelle au profit du niveau de diplôme ou du niveau de salaire parce qu'ils veulent savoir ce qu'ils mesurent, il faudrait en revanche substituer au pays de naissance ou à la nationalité un avis subjectif des enquêtés sur leur façon de définir leur identité selon des catégorisations floues ?

Quant au référentiel ethnoracial, il est inéluctable à terme si le principe de statistiques de la diversité est admis, comme l'intégration de cette information dans de multiples fichiers. Des statistiques de la diversité limitées à des enquêtes ponctuelles et ciblées n'auraient pas de sens. Que conclure d'une observation dans une entreprise sans référence à son bassin d'emploi ? Il faut aux statistiques de la diversité des données de référence, à des échelons géographiques fins, ce qui n'est possible que si les sources administratives issues des fichiers de gestion ou le recensement les fournissent. Il leur faudra des catégories homogènes pour se comparer, donc un référentiel.

Par ailleurs, le 24 mai 2007, devant le Conseil national de l'information statistique, François Héran notait "qu'une grille ethnoraciale ne saurait s'imposer sans réunir deux conditions qui, de fait, ne caractérisent guère le contexte français : une volonté politique d'imposer l'utilisation d'une nomenclature ethnoraciale (...) et des lobbies ethniques puissants, désireux d'être comptés pour compter". A entendre M. Sabeg, le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) et certains chercheurs, à voir le lobbying en oeuvre depuis trois ans, on peut ne pas partager les mêmes conclusions que François Héran. C'est au contraire une politique des petits pas qui semble se mettre en place. Une fois la porte entrouverte, elle sera grande ouverte.


Stéphane Jugnot est statisticien et économiste.

Diversité et contrôles au faciès, par Caroline Fourest - Opinions - Le Monde.fr

Diversité et contrôles au faciès, par Caroline Fourest - Opinions - Le Monde.fr:

Le rapport du commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, Yazid Sabeg, se fait désirer. On l'attendait pour la mi-mars, puis le 5 avril. Il sera finalement remis début mai... Sans la partie abordant la question des statistiques ethniques, celle qui fait justement débat. On l'annonce pour courant juin, peut-être après. Classement sans suite ou reculade pour mieux sauter ?

Le commissaire aurait-il entendu les voix qui s'élèvent pour démonter l'absurdité intellectuelle, morale et scientifique, d'une grille de lecture ethnique ? Aurait-il admis qu'il existait déjà des moyens de mesurer les discriminations et même de mener des enquêtes sur certains critères, comme le nom ou le lieu de naissance des ascendants, sans assigner de façon mécanique les citoyens à des catégories ethno-raciales ? Se pourrait-il qu'à force de le répéter, il soit enfin compris que tout ne se mesure pas comme une bagnole ou un meuble suédois... Qu'une identité est multiple, complexe, souvent insaisissable.

Même s'il n'est question que de ressenti, cette identité risque de n'entrer dans aucune case. Même anonyme, comment l'utiliser ? Comment établir un baromètre qui puisse comparer le nombre d'employés se percevant comme arabes, noirs, juifs ou homosexuels, qu'on soit dans un cabinet d'avocats à Paris ou dans une entreprise de produits laitiers de la Creuse ? Bref, à force d'y songer, le commissaire aurait-il renoncé à ses envies de faire du contrôle au faciès dans les entreprises ?

Ce serait la preuve que ce gouvernement sait entendre, réfléchir, et parfois changer d'avis. Mais ne soyons pas trop optimistes. Le dossier des statistiques ethniques est suivi de près à l'Elysée. Presque une affaire personnelle. Vécue comme un combat contre la "pensée unique" et l'immobilisme des intellectuels. On a déjà plusieurs fois rongé son frein, sans jamais renoncer. Rappel des étapes.

Etape 1 : l'article 63 des lois Hortefeux prévoyant une meilleure traçabilité des Français sous prétexte de mesurer la diversité est recalé par le Conseil constitutionnel.

Etape 2 : le président envisage de changer la Constitution pour y inscrire le mot "diversité" afin de contourner la censure du Conseil constitutionnel. Il charge un comité de "sages" présidé par Simone Veil d'examiner cette possibilité. Les "sages" jugent la modification "inutile et dangereuse". Colère à l'Elysée. Le président doit se contenter d'un plan diversité ambitieux fondé sur le critère social. Mais ce sera son "unique concession à la pensée unique". Il maintient son intention d'adopter des "politiques de promotion de la diversité fondées sur une obligation de résultat".

Etape 3 : après avoir envisagé d'autres candidats, le commissaire à l'égalité et à la diversité s'appelle finalement Yazid Sabeg. Un chef d'entreprise pragmatique, surtout connu pour son combat en faveur de statistiques ethniques. Claude Guéant confirme être sur la même longueur d'onde : "Nous connaissons les intentions de Yazid : elles ne nous posent aucun problème."

Etape 4 : le commissaire est chargé de réunir une commission en vue de réfléchir aux "outils nécessaires à l'observation et à la connaissance de la diversité et des discriminations". Ses membres sont de fervents partisans des statistiques ethniques.

Etape 5 : des chercheurs travaillant depuis des années sur ces questions comme Gwenaëlle Calvès, professeur de droit public, prennent la tête d'une contre-commission, qui démontre en quoi les outils voulus par le gouvernement servent une vision racialiste de la société et non la lutte contre les discriminations. Les associations antiracistes comme la Licra et SOS-Racisme (qui a recueilli plus de 80 000 signatures contre les statistiques ethniques) montent au créneau.

Moralité (étape 6) : le rapport de Yazid Sabeg est maintenu mais sa partie sur les statistiques ethniques sera finalement dévoilée plus près de l'été... Le 15 août peut-être ?

Caroline Fourest

LaTribune.fr - Discriminations : rompre avec nos pratiques, pas avec nos principes


La question n'est pas tant de savoir s'il est possible de mesurer la diversité, mais surtout de déterminer s'il est possible d'impulser des politiques publiques justes sur une donnée aussi imprécise et volatile que le sentiment d'appartenance. Plutôt que les statistiques ethniques proposées par Yazid Sabeg, la meilleure réponse aux discriminations reste dans le principe d'égalité : stricte application du droit, CV anonyme, fin des emplois fermés, testing... Il s'agit non pas de rompre avec nos principes, mais avec nos pratiques, parfois trop complaisantes. Mesures de la diversité et discrimination positive sont une diversion permettant d'évacuer la question sociale, estiment Bariza Khiari et Samuel Thomas, respectivement sénatrice PS de Paris et vice-président de SOS Racisme.

L'offensive actuelle en faveur des statistiques ethniques figurait déjà dans les déclarations de campagne du candidat Sarkozy. La première salve fut sournoise : c'est par voie d'amendement au projet de loi relatif à l'immigration que la majorité parlementaire autorisa la CNIL à banaliser le recours aux statistiques ethniques. Saisi par l'opposition, le Conseil constitutionnel déclara le 15 novembre 2007 le dispositif contraire à la Constitution.

Qu'à cela ne tienne, le 8 janvier 2008, le président Sarkozy récidive en évoquant l'inscription, dans la Constitution, du principe de diversité. Le comité ad hoc, présidé par Simone Veil, conclut en décembre 2008 que cette mesure était inopportune. Qu'importe, Nicolas Sarkozy nomme Yazid Sabeg, partisan affiché des statistiques ethniques, commissaire à la diversité afin de mener à bien cette entreprise. Bel exemple d'un volontarisme politique qui nous demande d'oublier notre histoire et nos principes !

Exit donc ces mots du Préambule de 1946 ? "Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d'asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ou de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés". Troublante inversion des valeurs : pour être moderne, il faudrait revenir à la situation antérieure à la Libération et à la décolonisation.

On ne peut lutter contre les discriminations en reproduisant le schéma mental de ceux qui discriminent. Nous sommes fidèles à l'idéal d'égalité républicaine, non par conservatisme, mais parce qu'il reste le meilleur vecteur d'émancipation. Par ailleurs, la mesure proposée, fondée sur le sentiment d'appartenance à une communauté et sur l'auto-déclaration, est plus que contestable méthodologiquement. Certains se déclareront arabe, tandis que d'autres mettront en avant leur appartenance berbère, religieuse, ou nationale. Faudra-t-il autant de variables que de réponses données ?

La question n'est pas tant de savoir s'il est possible de mesurer la diversité : la question est surtout de déterminer si, à partir de ces mesures, il est possible d'impulser des politiques publiques justes. Une fois qu'on aura mesuré qu'il y a 10% des personnes qui se disent discriminées car noirs de peau, faudra-t-il leur réserver 10% des places en filières sélectives, sur les listes électorales... ; et de même pour les Arabes, Berbères, musulmans, etc. On ne peut bâtir des politiques publiques sur une donnée aussi imprécise et volatile que le sentiment d'appartenance.

Face à tous les tenants des politiques de quotas, de comptage ou d'assignation communautaire, nous répondons que la meilleure réponse aux discriminations reste dans le principe d'égalité : stricte application du droit, CV anonyme, fin des emplois fermés, testing, etc. Il s'agit non pas de rompre avec nos principes, mais avec nos pratiques, parfois trop complaisantes.

Les législations prohibant les discriminations et le fichage ethnique existent depuis plus de trente ans. Jusqu'à présent, peu de sanctions ont été prononcées, ou elles sont restées symboliques. Les républicains ne peuvent plus se retrancher derrière une prétendue impuissance. Un maire peut très bien retirer l'autorisation d'ouvrir à une discothèque épinglée pour discrimination. Les discriminations sont des actes de délinquance, il faut leur appliquer le même traitement qu'aux autres. Elles ne doivent pas relever d'une justice d'exception, mais bien du droit commun.

Le CV anonyme, adopté par le parlement en 2006, pourrait être l'un des outils de la justice sociale, mais le gouvernement peine à prendre les décrets nécessaires à son application. Or, il permettrait, au moins à l'étape de la sélection, de gommer les différences tant raciales que sociales, ne laissant la place qu'à des données objectives d'expérience et de formation. Notre tradition de méritocratie républicaine impose l'anonymat aux concours et aux examens écrits. Il serait à notre portée de l'étendre à la sphère de l'emploi.

Par ailleurs, le Sénat a adopté, à l'unanimité des groupes politiques, une proposition de loi socialiste visant à supprimer les "emplois fermés" dans le secteur libéral et privé. Aujourd'hui, un résident extracommunautaire ayant effectué l'intégralité de ses études de médecine, d'architecte, d'expert-comptable... en France n'a pas, en théorie, le droit d'exercer. Dans la législation actuelle, ce n'est donc pas la nationalité du diplôme qui prévaut, mais la seule nationalité du diplômé.

Ces restrictions sont historiquement connotées et moralement condamnables. Pire, elles encouragent par effet de système les discriminations illégales. Le Gouvernement dispose là d'un nouvel outil éminemment méritocratique pour faire preuve de sa détermination en matière de lutte contre les discriminations.

A contrario, le recours aux statistiques ethniques et raciales déliterait notre cohésion nationale en créant les conditions favorables à la concurrence communautaire, aux névroses identitaires, et à l'ethnicisation de la question sociale. Cette révolution statistique et son instrumentalisation certaine brouilleraient la représentation que la société a d'elle-même et ébranleraient à coup sûr les fondements de notre pacte républicain qui consacre la primauté de la citoyenneté sur l'identité. Mesures de la diversité et discrimination positive ne constituent rien d'autre qu'une politique de diversion permettant, à peu de frais, d'évacuer la question sociale.

Bariza Khiari et Samuel Thomas

Le Progrès de Lyon -  France-Monde: Pourquoi la promotion de la diversité n'avance pas en France


La diversité existe depuis longtemps dans le football, elle avance dans le show-biz, le cinéma mais pas dans les médias, l'entreprise, l'enseignement : le chantier du commissaire à la diversité Yazed Sabeg est immense

Hier, le ministère de l'Intérieur a été mis en cause dans une affaire de discrimination lors d'un concours de la police (lire ci-dessous). Ce matin, le haut-commissaire à la diversité Yazid Sabeg installera un observatoire pour renforcer la diversité dans les médias jugée « très insuffisante ». Deux preuves de plus que la France peine à intégrer de populations d'origines différentes, ce qu'on appelle la promotion de la diversité. La remise du rapport Sabeg sur la promotion de la diversité est sans cesse reportée depuis deux mois (a priori, c'est fixé au 7 mai). Il se heurte à plusieurs écueils.

On ne sait pas ce que représente la diversité

La polémique sur la mesure de la diversité a parasité et paralysé le travail de Yazid Sabeg. « Je n'ai jamais dit que la mesure de la diversité était l'alpha et l'omega de la lutte contre les discriminations. Elle est un outil de connaissance, elle vient compléter les mesures sociales et territoriales, fondées sur des critères objectifs » a indiqué le commissaire, confirmant que cette mesure occuperait environ « 5 pages sur les 100 que compte le rapport sur la promotion de la diversité mais qu'il n'est pas question de ficher les individus dans des catégories raciales ni de leur associer ensuite des quotas ». Faute de statistiques selon lui, des mesures positives seront difficiles à chiffrer et à établir.

La discrimination positive sujet tabou

C'est le deuxième point sensible du rapport. Certains défendent des mesures spécifiques pour favoriser les jeunes issus de la diversité dans les grandes écoles, l'administration, l'entreprise. Mais dans une France où l'égalité républicaine passe par le concours, et la réussite par le « réseau » de connaissances ou la bonne note scolaire, la discrimination positive se heurte à la Constitution, à l'organisation de l'école et des entreprises. Ces obstacles sont l'une des causes du report du rapport : Sabeg est missionné pour aller sur ce terrain en contournant les obstacles juridiques.

Une politique de la ville à revoir

Dans l'esprit de Yazid Sabeg, sur ce point d'accord avec les associations comme SOS racisme, la faute originelle, la raison majeure des discriminations, c'est la « cité », « le ghetto », la concentration dans les mêmes quartiers, les mêmes écoles de population d'origines immigrées. Le commissaire veut reprendre sous sa coupe la politique de la ville, revoir les découpages scolaires, créer une sorte de super budget de la diversité. Et confier tout cela à des gens « exemplaires et crédibles », comme lui-même ou Jamel Debbouze, issus des quartiers et de l'immigration. Commentaire de SOS racisme : « Des symboles pourquoi pas, mais il faut aussi des sous ». Et cela...

A Lyon, les classes préparatoires s'ouvrent aux élèves modestes

A Lyon, l'école normale supérieure de lettres et sciences humaines (ENS LSH) se mobilise pour inciter les lycéens des milieux modestes à tenter la classe préparatoire. Depuis trois ans, la grande école participe à un programme, auquel participent désormais d'autres établissements : l'ENS sciences, l'Insa, Lyon3, l'EM Lyon, l'école Vétérinaire, et l'ENTPE. L'action concerne désormais environ 400 élèves, dans cinq lycées du Rhône, tous situés dans des quartiers dits sensibles. Des étudiants bénévoles s'engagent dans du tutorat, des ateliers (français, mathématiques, théâtre) des sorties culturelles et des oraux blancs de français leur sont aussi proposés. «L'objectif est de donner aux élèves d'autres moyens que ceux dont ils disposent dans leur milieu social», explique Wafaa Fawzi, cheville ouvrière du dispositif à l'ENS lettres. Il s'agit surtout de convaincre ces lycéens qu'ils sont capables de s'orienter vers de longues études. «Ils disent souvent que ce n'est pas à leur portée. Il y a encore beaucoup d'autocensure», remarque Mme Fawzi.

La discrimination reste forte: environ 11 % d'élèves défavorisés sont inscrits en prépa dans l'académie. Mais les premiers résultats sont encourageants. À la dernière rentrée, une grosse centaine d'élèves issus de catégories sociales défavorisées a été admise contre une petite quarantaine l'année précédente.

Une fois intégrés, ils bénéficient d'un suivi (tuteur et stages).

Le Ministère de l'enseignement supérieur a retenu le programme lyonnais dans le cadre des «cordées de la réussite». Cette opération fixe la barre à 25 % de boursiers dans les classes préparatoires. A Lyon, en janvier, le préfet a réuni une soixantaine de proviseurs pour leur demander d'atteindre une moyenne de 30 %. «La machine est en route», assure Wafaa Fawzi. Tout en insistant sur le suivi. «Il faut pérenniser l'action et accompagner les étudiants jusqu'à leur insertion professionnelle».

M. F.


jeudi 16 avril 2009

Hexagone: Stats ethniques: deux fronts anti-Sabeg

Le front anti-Sabeg se complexifie. Contrairement à ce que j'ai écrit hier, le commissaire à la diversité de Sarkozy ne doit pas faire face à une mais deux commissions. Demain, six universitaires devraient lancer Stat ethniques officiellement le Comité alternatif de réflexion sur les 'statistiques ethniques' et les discriminations.

Le Carsed, puisque tel est son acronyme, se compose de «vingt-quatre universitaires spécialistes reconnus des questions de discrimination, de statistiques, de migrations, d’universalisme, d’égalité “hommes-femmes”», explique le démographe Jean-Luc Richard, opposant de longue date aux statistiques ethniques (voir sa position que j'avais publiée le 26 mars).

Dans le collimateur du Carsed, les velléités de Sabeg de mesurer les inégalités en interrogeant les gens sur leur «ressenti d’appartenance à une communauté». «On va faire exister des groupes en les poussant à se revendiquer comme appartenant à une communauté», pronostique Jean-François Amadieu, sociologue, directeur de l’Observatoire des discriminations, et lui aussi opposant de longue date aux statistiques ethniques... Lire la suite: Hexagone: Stats ethniques: deux fronts anti-Sabeg

Sur le même sujet :
- 20 Minutes : Statistiques ethniques: les contre-comités Sabeg fleurissent
- L'observatoire des inégalités : Le Comité Sabeg, une menace pour la démocratie
La lettre de mission du Comité pour la mesure et l’évaluation de la diversité et des discriminations lui fixe des objectifs inquiétants. Un document inédit qu’analyse pour l’Observatoire des inégalités Gwénaële Calvès, Professeur de droit public.

A voir: la vidéo de Yazid Sabeg, interviewé par Médiapart. Est-il prêt à répondre à des questions sur sa communauté ou sa couleur de peau?

Discriminations : évitons les faux débats

Le 07 Avril sur Médiapart Dominique Sopo , Président de SOS Racisme a répondu à la "Lettre à nos potes antiracistes sur la mesure de la diversité " du Président du CRAN Patrick Lozès :

Il y a deux types d’articles pour lesquels il est ardu d’apporter une réponse : les articles de haute volée intellectuelle – car la réponse doit être à la mesure du texte critiqué – et les articles qui se caractérisent par l’ampleur de leur inanité tant les approximations, distorsions, mensonges et simplifications y pullulent. C’est à cette seconde catégorie qu’appartient le texte publié par Patrick Lozés et qui se voulait une adresse à ses « potes antiracistes ».

Ce qui frappe tout d’abord dans ce texte, c’est le manque stupéfiant de maîtrise du sujet de la lutte contre les discriminations.

Ainsi, l’auteur nous présente une « analyse » du CV anonyme pour le moins croquignolesque. Selon l’auteur, le CV anonyme, ce serait demander aux personnes victimes de discriminations de cacher leur identité à un potentiel employeur. Rassurons Monsieur Lozés, manifestement tourmenté par cette perspective : le CV anonyme serait anonyme pour tout le monde et non pas pour les seules personnes susceptibles d’être discriminées. D’ailleurs, si le CV anonyme ne l’était que pour les personnes susceptibles d’être discriminées, il serait non pas une aide pour décrocher un entretien d’embauche mais un stigmate absolu. Il est par ailleurs soutenu que le CV anonyme serait un « mensonge », une volonté – honteuse - de cacher son identité. Plaisante analyse... Les dizaines de millions de personnes qui ont dans notre pays passé des examens ou des concours ont eu à anonymiser leurs copies afin, justement, que la notation ne soit pas fonction d’informations personnelles sur le candidat. Il ne semble pas que cette pratique ait provoqué de traumatismes majeurs dans notre pays… Et pour cause : cela renvoie tout simplement à une logique d’objectivation. Quand on note une copie, on ne note pas une personnalité mais la qualité de la copie. Eh bien, lorsqu’un employeur sélectionne un CV, il doit le faire sur la base des compétences requises pour occuper le poste à pourvoir et non sur la couleur de peau du candidat ou sur un quelconque autre critère étranger aux compétences recherchées. La question du CV anonyme est particulièrement importante en France, c’est-à-dire dans un pays où la pratique consiste à demander sur un CV des informations qui, pour l’essentiel, n’ont qu’un rapport éloigné avec les compétences requises. Par exemple, le fait de devoir mettre une photo sur un CV entretient quel rapport avec la question des compétences ? Notons d’ailleurs qu’il serait inconcevable aux Etats-Unis qu’une société ose demander un CV accompagné d’une photo ! L’objectivation des procédures d’embauche que le CV anonyme faciliterait n’est certes pas « la » solution miracle mais elle permet à toute une série de populations – discriminées en fonction de leurs origines, de la consonance de leur nom, de leur adresse, de leur sexe ou de leur apparence physique – de passer l’étape de la sélection des CV et donc de pouvoir défendre leurs chances au cours de l’entretien d’embauche. Remarquons par ailleurs que faciliter par cette méthode des rencontres qui n’auraient sinon jamais eu lieu permet aussi de confronter celui qui nourrit des préjugés aux personnes sur lesquelles il projette ces derniers. Et c’est d’ailleurs ce mécanisme qui fait que, selon toutes les études menées sur le sujet, le CV anonyme est efficace en termes de lutte contre les discriminations à l’embauche. En affirmant le contraire (car l’article que nous commentons ici explique que la méthode du CV anonyme est inefficace), Monsieur Lozés ment-il ou est-il ignorant de ces études ?

En outre, pour appuyer son analyse en faveur des statistiques ethniques, Monsieur Lozes explique que ces dernières permettraient de mettre en lumière des discriminations indirectes qu’il associe au « plafond de verre », c’est-à-dire cette réalité qui fait qu’à un moment de leur parcours professionnel les personnes discriminées sont bloquées dans leur évolution de carrière. Or, ce fameux « plafond de verre » que Monsieur Lozes évoque relève pour l’essentiel de discriminations directes ! Rappelons donc à Monsieur Lozes à quoi correspond une discrimination indirecte : il s’agit d’une discrimination qui résulte de l’application d’une mesure apparemment neutre mais qui frappe en réalité un groupe particulier de la population (par exemple, réduire l’embauche de sapeurs-pompiers aux personnes mesurant plus de 1m70 relèverait d’une discrimination indirecte à l’encontre des femmes).

En évoquant le fait que Monsieur Lozes était pro statistiques ethniques, on pourrait me dire « Mais non ! Il écrit qu’il est contre ! Il dit qu’il est favorable non pas aux statistiques ethniques mais aux statistiques de la diversité ! ». Piteux cache-sexe en réalité. Car revient la question essentielle : sur quels critères seraient basées ces fameuses statistiques de la diversité ? Chez Monsieur Lozes, représentant auto-proclamé des « associations noires de France » - dont il serait utile de lui demander une liste actualisée… -, la base est ethno-raciale. Et le fait de demander, en plus, aux gens qui répondraient à ces fameuses statistiques leur âge, leur sexe ou toute autre information n’y change rien.

Mais ce terme même de diversité est tout à fait intéressant. Car Monsieur Lozes correspond à ce courant qui voudrait remplacer la logique de lutte contre les discriminations par la promotion du concept de diversité. Conséquence de cette « mutation », qui est loin d’être simplement sémantique : la « diversité » n’est en rien un concept juridique – et ne sera jamais définie comme tel – et n’ouvre donc aucun droit. Au contraire de l’égalité, concept juridique clairement défini et permettant la définition de droits précis et sanctionnables. D’ailleurs, toutes les entreprises que SOS Racisme a fait condamner pour discriminations raciales ont comme par hasard été prises d’une adoration soudaine pour le concept de « diversité »… En outre, on voit bien que la notion de diversité renvoie à une théorie du « reflet ». « Puisque je suis à la tête d’une communauté qui pèse autant de pour cent, j’ai le droit d’être au Gouvernement pour la représenter » : voilà quelle pourrait être la maxime des promoteurs de ce concept qui ont la désagréable tendance à se servir des discriminations que subissent les « leurs » pour monter, eux, un barreau supplémentaire sur l’échelle sociale. Une conception que SOS Racisme combat car le but de l’antiracisme, ça n’est pas de permettre la promotion de quelques « happy few » mais de faire en sorte que chacun, quelle que soit son origine, dispose de toutes les opportunités qu’offre notre société.

Mais au-delà de ces disputes philosophico-sémantiques, il faut bien connaître la réalité des discriminations pour les combattre nous diront des gens sincères. Eh bien pas forcément ! Prenons un exemple : il y a aujourd’hui en France 6,5 millions d’emplois fermés aux étrangers extracommunautaires. Il s’agit d’une discrimination légale dont l’abolition – que nous réclamons - relève d’une décision politique et non d’une quelconque étude chiffrée. Mais est-il alors inutile de connaître la réalité des discriminations ? Certes pas ! La recherche dans ce domaine est fort utile car elle permet d’approcher l’ampleur du phénomène, la nature des processus à l’œuvre et l’approche de l’efficacité de certaines mesures qu’il conviendrait de prendre. Alors, pourquoi pas les statistiques ethniques dans ce cas ? Pour au moins deux raisons.

Lire la suite sur : SOS-Racisme

jeudi 9 avril 2009

Stats ethniques: les anti-Sabeg mobilisent


La mobilisation anti-Yazid Sabeg, et anti-statistiques ethniques, s'organise. Une contre-commission informelle réunissant sous l'égide de Patrick Gaubert, le patron du Haut conseil à l'intégration (HCI), des RTR1E8RL_Comp chercheurs dont le démographe Jean-Luc Richard, et des «directeurs de ressources humaines» (selon le Figaro), a commencé à se réunir. Preuve que la cacophonie sur la délicate question de la lutte contre les discriminations règne au sommet de l'Etat?

D'un côté nous avons donc Yazid Sabeg, patron de la SSII CS Communication et Systèmes, nommé en décembre par Nicolas Sarkozy commissaire à l'Egalité des chances. Pour le chef de l'Etat, Sabeg n'était pas le premier choix. Avant lui, Malek Boutih, secrétaire national pour les questions de société au PS, et Lilian Thuram, footballeur et membre du HCI avaient été sollicités. Point commun entre ces deux derniers hommes, ils sont de gauche, opposés aux statistiques ethniques, et ont décliné la proposition de Sarkozy. Sabeg, lui, l'a acceptée. Mais contrairement aux deux autres, il est très favorable aux statistiques ethniques, qu'il a rebaptisées «mesure de la diversité», et le clame haut et fort dans tous les media depuis sa nomination. Reste qu'on ne peut pas déduir"
Lire la suite "Stats ethniques: les anti-Sabeg mobilisent" »

vendredi 3 avril 2009

Statistiques Ethniques : Etats des lieux de la situation

La position de SOS Racisme : "Mesurer les discriminations"
Le débat autour de la mesure des discriminations anime depuis plusieurs mois les différents acteurs de la lutte contre les discriminations. Si vous voulez aller plus loin : http://sos-racisme.org/test,766.html#


Assises contre les préjugés racistes: la pédagogie plutôt que les statistiques

La pédagogie plutôt que des statistiques ethniques pour lutter contre le racisme: des Assises tenues dimanche à Paris ont mis en avant l'importance de l'éducation pour se défaire des préjugés racistes.

Une majorité de Français (55%) ne jugent "pas efficace" la mise en place de statistiques ethniques pour lutter contre le racisme, l'antisémitisme ou les discriminations, selon un sondage CSA-UEJF-SOS Racisme publié dimanche dans Le Parisien au seuil de la semaine de lutte contre le racisme.

Ils sont 37% à estimer que cette mesure de la diversité serait au contraire "efficace" et 8% ne se prononcent pas. SOS Racisme et l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), qui ont commandé ce sondage, ont organisé dimanche à Paris les Premières assises nationales de la lutte contre les préjugés. Les deux organisations s'appuient sur cette enquête d'opinion pour souligner que "les Français considèrent que les solutions pédagogiques sont plus efficaces" qu'une mise en perspective des différences liées à l'origine au travers des statistiques, comme le souhaite par exemple le Conseil représentatif des associations noires (Cran)... AFP

D'autres articles surle sujet :
Le Monde : "Les femmes sont "faibles", les Français "blancs" : travail contre les préjugés dans un collège parisien"


Discriminations : Sarkozy ne sait à quel saint se vouer
Yazid Sabeg devait remettre son rapport la veille de la journée de lutte contre les discriminations. Il a été snobé par l'Elysée.

Nicolas Sarkozy s'était engagé à faire de la lutte contre les discriminations une priorité. Pour le prouver, il avait même créé en décembre dernier un poste sur mesure, celui de commissaire à la diversité et à l'égalité des chances. Problème : Yazid Sabeg, premier à l'occuper, ne brillera pas ce samedi 21 mars, pourtant grande journée internationale de lutte contre les discriminations.

Depuis des semaines, il pariait pourtant sur un rendez-vous avec Nicolas Sarkozy pour ce vendredi, c'est à dire la veille du grand jour. Il n'en sera rien : en milieu de semaine, l'Elysée signifiait au commissaire que Sarkozy ne le recevrait pas (officiellement pour des raisons d'emploi du temps).

Sabeg avait annoncé la couleur à l'avance

Entre temps, il faut dire que Yazid Sabeg a grillé quelques cartouches, annonçant début mars qu'il préconiserait le passage aux statistiques ethniques dans le rapport qu'il devait justement remettre au Président. Or ce n'est pas lui qui sera reçu à l'Elyée cette fin de semaine, mais un fervent adversaire des statistiques ethniques, en la personne de Patrick Gaubert, député européen sorti du giron de Charles Pasqua et président de la Licra, à qui Nicolas Sarkozy avait offert en novembre dernier le Haut conseil à l'intégration (HCI).

Camouflet pour Sabeg, même si son entourage préfère dire pudiquement qu'il attend juste une date du président de la République. Ce chef d'entreprise d'origine algérienne n'a pourtant pas trahi : lorsque Nicolas Sarkozy a décidé de lui tailler ce poste sur mesure, ses positions en faveur des statistiques ethniques étaient notoires.

Le 6 mars, même s'il se veut rassurant, il annonce qu'il plaise en faveur de la statistique ethnique, mais précise que ce sera seulement sur la base du volontariat et dans les limites de l'anonymat.

Sauf que Nicolas Sarkozy, lui, n'a pas une position univoque sur cette question. C'est même le moins qu'on puisse dire, si l'on décrypte ses prises de positions, plutôt friables, depuis deux ans :

  • Début 2007, le candidat Sarkozy se prononce en faveur des statistiques ethniques durant la campagne pour l'élection présidentielle.
  • Septembre 2007, un amendement rajoute les statistiques ethniques au projet de loi sur l'immigration que le Parlement adoptera en octobre.
  • Novembre 2007, le Conseil consitutionnel sanctionne l'article 63 qui concernait les statistiques ethniques, mais pas les tests ADN car « si les traitements nécessaires à la conduite des études sur la mesure de la diversité des origines peuvent porter sur des données objectives, ils ne sauraient reposer sur l'origine ethnique ou la race ».
  • Avril 2008, Nicolas Sarkozy, qui n'a pas encore changé de position sur ce dossier officiellement, charge le comité présidé par Simone Veil de préciser si une modification de la Constitution sera nécéssaire pour procéder aux statistiques ethniques.
  • Novembre 2007, le président de la République nomme au HCI Patrick Gaubert, adversaire connu des statistiques ethniques.
  • 17 décembre 2008, Nicolas Sarkozy lance à grand renfort de médias le commissariat à l'égalité des chances, et nomme à sa tête Sabeg, grand défenseur des statistiques ethniques, tout en prenant acte du rapport que Simone Veil lui rend le jour-même, et qui se prononce contre.
  • Janvier 2009, sur son portail, Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, écrit explicitement : « Ce que vise la République en effet, c’est que chacun puisse accéder à une citoyenneté pleine et entière avec le sentiment d’appartenir à la Nation, ce creuset qui dépasse les particularismes pour ouvrir sur l’universel. C’est pourquoi on ne peut recourir à des critères ethniques ou religieux, car cela risquerait d’enfermer chacun dans son identité et son histoire, de réveiller de vieux démons ou de remettre en cause le principe de laïcité. »
  • 6 mars 2009, alors que 55% des Français et bon nombre d'associations sont contre, Yazid Sabeg persiste et signe et annonce dans un entretien au Monde les statistiques ethniques à la française, avec toutefois des gardes-fous.
  • 20 mars 2009, à Bruxelles une partie de la journée, Nicolas Sarkozy boude son commissaire à l'égalité des chances à la veille de la journée de lutte contre les discriminations.... Rue 89
Stats ethniques, cacophonie politique

Juppé est contre, Darcos mitigé, Besson... on ne sait pas trop. Bref, les statistiques eRTXB5DG_Comp thniques divisent les politiques. Tiercé du week-end donc, par ordre alphabétique. Eric Besson a rejeté le concept de statistiques ethniques. Ajoutant toutefois : "Nous avons besoin de trouver des instruments qui tout en respectant nos principes républicains fondamentaux (…) devraient nous permettre une mesure de la diversité". Et assurant : "il n’y aura pas de risques".

Réserves également de Xavier Darcos, le ministre de l'Education nationale. "Je ne suis pas par nature poussé à cette idée qu'il faudrait avoir des classements qui référeraient à des origines ethniques", a-t-il expliqué. "Ce qui est proposé là rompt avec la tradition de ce qu'est la natRTR23QL5_Compion française depuis le XIXe siècle." Et de rappeler que "la nation française s'est fondée sur une idée de creuset" et pas "à partir de considérations ethniques mais à partir de l'adhésion à un projet collectif de personnes venues de diverses origines et de diverses conditions."

Cette question "doit être traitée avec beaucoup de précautions", a-t-il mis en garde.

ClRTXD4EP_Compairement contre, pour le coup, Alain Juppé. Pour lui, "quand on met le doigt dans l'engrenage on ne sait pas où on s'arrête". "Quand j'ai créé les zones franches urbaines dans les quartiers en difficulté, c'est une forme de discrimination positive puisque l'on donne plus à ceux qui ont moins, a-t-il ajouté. Mais sur des critères objectifs ! Sur des taux de chômage, sur des niveaux de revenus, sur des taux d'illettrisme. Ça oui ! En revanche, sur la couleur de la peau, non ! Héxagone

D'autres articles sur le sujet :

Hexagone : Patrick Weil: "pourquoi je refuse de participer au Comité sur la diversité"
Hexagone : Stats ethniques, la controverse scientifique pas close
Nouvel Obs : Statistiques ethniques : Amara désavoue Sabeg

Malik Boutih, ancien président de SOS Racisme et membre du bureau national du PS est l'invité de 8H30 sur Radio Classique.
D'autres articles sur le sujet :
Le Monde : Les statistiques ethniques, «une fausse bonne solution»

mercredi 25 février 2009

Sabeg-Amara, le couple impossible

Tous deux veulent défendre la diversité, mais tout les sépare: éducation, convictions, méthodes... Entre la secrétaire d'Etat à la Ville Fadela Amara et le commissaire à l'Egalité des chances Yazid Sabeg, la cohabitation s'annonce difficile.

Le dimanche, Yazid Sabeg s'affaire en cuisine. Sa spécialité: le risotto aux cèpes. Le patron de 59 ans reçoit ses hôtes dans son manoir du Vexin, niché dans l'Ouest parisien. Chez les Sabeg, le plan de table vaut plus qu'un plan de carrière: c'est là que l'avocat de l'Aga Khan côtoie l'ancien PDG de Thomson, voisin du directeur du Télégramme de Brest.
La secrétaire d'Etat à la Ville Fadela Amara au côté de Yazid Sabeg, Commissaire à la Diversité et à l'Egalité des Chances, le 19 décembre 2008 à Paris.

Au coeur de ce think tank gastronomique, l'insatiable Sabeg savoure son conte de fées républicain. "Les enfants d'immigrés qui ont percé en politique deviennent souvent des courtisans, parce qu'ils ne maîtrisent pas les codes. Lui les a appris tout petit", commente un habitué.

Nicolas Sarkozy l'a nommé commissaire à la Diversité et à l'Egalité des chances le 17 décembre 2008. Comme il l'a fait avec Xavier Darcos, désormais secondé par Richard Descoings, le président de la République, qui trouve que le plan banlieue de Fadela Amara n'avance pas assez vite, a flanqué sa secrétaire d'Etat à la Politique de la ville d'un encombrant jumeau. Depuis, le fils de docker algérien consulte tous azimuts.

Son carnet d'adresses pléthorique lui facilite la tâche. Les amis de cette icône de la "beurgeoisie" s'appellent Borloo, Méhaignerie, Lang... A la lettre A, ce grand bosseur a sollicité un rendez-vous auprès de Martine Aubry. A la lettre B, un déjeuner avec le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand. "Il faut que l'Etat s'engage d'urgence, sinon la France est menacée d'une situation d'apartheid social et territorial", explique Yazid Sabeg. Un mot qui fait bondir Fadela Amara, parce qu'il peut déclencher un réflexe de "victimisation" chez les jeunes.

Les mots... Sabeg les dégaine comme des uppercuts avec la courtoisie du gamin élevé chez les jésuites, à Lille. Il juge que le plan banlieue manque d'ambition: "Pour être à la hauteur dans les quartiers, il faut lancer une profonde réforme de l'éducation et de la formation. "Et lui, 'M. Diversité', que compte-t-il faire ? Fervent partisan de la discrimination positive, il doit rendre ses propositions en mars (voir l'encadré). Amara, elle, se raidit à la simple évocation de quotas à l'américaine. En deux mois, elle n'a reçu qu'une fois son rival Place de Fontenoy. "Je garde la confiance de l'Elysée", affirme-t-elle. Mais qui incarne la ligne? Lire la suite sur l'Express

Les idées "positives" de Sabeg
SOS-Racisme s'y oppose, Sabeg tient bon : il réclame la création de "statistiques positives " pour mesurer la diversité en France. Le commissaire à l'Egalité souhaite s'inspirer des enquêtes américaines, autodéclarations anonymes et confidentielles : "Personnellement, je me sens noir, arabe, berbère... " Sabeg a reçu le soutien inattendu des socialistes : ils ont déposé une proposition de loi dans ce sens, examinée le 19 février.
Parmi les autres pistes étudiées par Sabeg : la nomination en banlieue de délégués du préfet choisis parmi les responsables d'association ; l'assouplissement des voies d'accès aux grandes écoles, comme l'a fait Sciences po Paris ; la méthode du rating, qui permet au candidat de connaître les critères sur lesquels il est embauché... Le plan sera détaillé d'ici à la fin de mars.