SOS Racisme Partenaire de Quat'rues

mercredi 29 avril 2009

Le maire s'engage contre les expulsions de sans-papiers - La Seyne sur mer - La Seyne-sur-mer - Var Infos - varmatin.com

La petite main jaune sur fond noir de SOS Racisme a grandi. Depuis hier, ce sont de grandes silhouettes noires sur fond jaune qui tapissent les murs de la ville pour alerter sur la nouvelle pétition de l'association contre les expulsions de sans-papiers.

Mais à La Seyne, le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, et sa secrétaire générale Cindy Léoni, ont trouvé mieux pour assurer la promotion de leur campagne. Ils étaient présents hier matin en mairie pour assister à la signature officielle du manifeste « 30 000 expulsions c'est la honte », par le maire, Marc Vuillemot.

« La Seyne a toujours été une terre d'accueil »

« C'est dans la logique de ma vie et aussi dans celle des orientations qu'on s'est assignées, à notre petit niveau d'élus locaux, pour faire vivre les mots Liberté, égalité, Fraternité inscrits sur le fronton des mairies », a expliqué le premier magistrat, avant de prendre son stylo... pour renouveler officiellement, devant la presse, un soutien qu'il avait déjà apporté sur internet « comme simple citoyen ».

« La Seyne a toujours été une terre d'accueil », a poursuivi le maire. « Les Celtes ont dû composer avec les Ligures, puis, des années 1850 jusqu'à 1930, sont venus les Italiens. (...) On les appelait aimablement " Macaronis ", " Bàbi ", ce qui signifie crapaud, ou bien" Piantou ", les Piémontais. La Seyne est un peuple qui a toujours accueilli, mais jamais facilement, avec des crises, des rejets... Et pourtant, le Piémontais parlait la même langue et allait à la même église. Ils ont été discriminés jusqu'à ce qu'un de leurs petits-fils devienne instituteur de la République ! »

« On renvoie des gens pour rien »

« Voilà pourquoi, a continué Marc Vuillemot, il me semble d'autant plus important que les gens qui sont là aujourd'hui puissent vivre comme ils en ont le droit, qu'ils aient ou pas des papiers. Les expulsions ne règlent rien. Ni les problèmes de logement, ni le chômage. On renvoie des gens pour rien dans des pays qu'ils ont quitté pour des raisons économiques, pour fuir la guerre ou parce que les droits de l'Homme n'y sont pas respectés. Alors oui, on a un peu honte. »

Dominique Sopo, président de SOS Racisme a remercié le maire d'avoir accepté cette démarche. « La campagne a été initiée début janvier, quand on a annoncé, comme une gloire, en s'en félicitant, l'objectif atteint de 30 000 expulsions », a-t-il rappelé. « Avant, on expulsait des gens qui étaient là depuis quelques mois, qui avaient tenté leur chance et pour qui ça n'a pas marché. Aujourd'hui, on renvoie des gens qui vivent là depuis cinq ans, dix ans, et qui font partie du tissu social. Derrière chaque expulsion, il y a une vie, des gens avec des espoirs et des rêves, et avec leur contribution à la société parce qu'ils travaillent. »

Des propositions pour 2012

Le manifeste de SOS Racisme a déjà recueilli 20 000 signatures. L'association en espère 100 000 « pour montrer que beaucoup de gens en France n'approuvent pas cette politique archaïque ».

Après une phase de conférences et de débat, SOS Racisme entrera dans une phase de propositions pour « qu'avant 2012, émerge une autre vision, plus humaniste, de l'immigration, parce qu'il y a d'autres façons de faire ».

Caroline Martinat

Vidéo de la conférence sur l'immigration organisé à Lyon pr SOS Racisme Rhône

Conférence débat organisée par SOS Racisme Rhône le 15 Avril 2009 à l'IDHL sur le thème:
Immigration choisie/immigration subie : le droit de vivre en famille menacée?

Procès du "Gang des barbares" : Fofana défie la cour, Société - Information NouvelObs.com

Youssouf Fofana a lancé à son arrivée au procès 'Allah akbar' en levant un doigt vers le ciel. 'Je m'appelle arabs, africaine révolte armée barbare salafiste', a-t-il dit en déclinant son identité.

Le procès du meurtre d'Ilan Halimi a ouvert mercredi 29 avril avec un peu de retard. Premier accusé à entrer dans le box: Youssouf Fofana, en sweat shirt blanc et très souriant, a déclaré, levant un doigt vers le ciel, "Allah akbar" (Dieu est grand en arabe). Alors que la présidente lui demandait de décliner son identité, Youssouf Fofana a répondu : "Je m'appelle arabs, africaine révolte armée barbare salafiste. Je suis né le 13 février 2006 à Saint-Geneviève des bois". Il s'agit de la date et du lieu de la mort d'Ilan Halimi.

Le huis-clos débattu


La présidente de la cour d'assises des mineurs de Paris jugeant Youssouf Fofana et 26 complices présumés du rapt et de la séquestration d'Ilan Halimi a ordonné au public d'évacuer la salle d'audience mercredi vers 12H15, le procès devant se tenir à huis clos.
Une fois le jury constitué (cinq femmes et quatre hommes), la "publicité restreinte" des débats --sans journalistes ni public à quelques exceptions près-- est de droit dans une cour d'assises jugeant des mineurs. Deux des 27 accusés étaient mineurs au moment des faits.
Plusieurs parties au procès, notamment la famille d'Ilan Halimi, contestent le huis clos, mais la question devait être débattue mercredi une fois prononcée l'ouverture des débats, a décidé la présidente Nadia Ajjan.
Youssouf Fofana, accusé avec 26 complices présumés du rapt et de la séquestration d'Ilan Halimi, demande que son procès soit public et ne se tienne pas à huis clos, selon des conclusions déposées par ses avocats.
"Aucun élément de fait n'est produit, justifiant la restriction des débats", plaident Me Emmanuel Ludot et Isabelle Coutant-Peyre, alors que les débats, impliquant deux mineurs, doivent se tenir à huis clos.
"Cette publicité (des débats) protègent les justiciables contre une justice secrète, échappant au contrôle public et constitue ainsi l'un des moyens de contribuer à préserver la confiance dans les tribunaux", arguent-ils.
La mère d'Ilan a aussi réclamé la publicité des débats.

Riches "parce que juifs"


La connotation antisémite retenue par la justice une semaine après la découverte du corps d'Ilan Halimi, un jeune vendeur juif assassiné après trois semaines de calvaire, le 13 février 2006, avait donné une dimension nationale à ce crime, à propos duquel le président Jacques Chirac avait promis de faire "toute la lumière".
A partir de la diffusion du portrait-robot d'une jeune femme chargée d'"appâter" des hommes présumés riches "parce que juifs", la police avait interpellé jusqu'à une trentaine de membres du "gang des barbares", implanté dans une cité HLM de Bagneux (Hauts-de-Seine).


Dix semaines de procès


Neuf projets d'enlèvement -dont certains versés à la procédure- ont été attribués à la bande avant celui, accompli, d'Ilan Halimi, victime de tortures pendant les 24 jours de sa séquestration dans un appartement, puis un sous-sol d'immeuble.
Au total neuf jeunes femmes -dont Emma, 17 ans à l'époque, qui aurait attiré Ilan dans le piège en le séduisant dans son magasin du boulevard Voltaire- siègeront parmi les accusés.
Le procès, prévu sur dix semaines, devrait se tenir à huis clos, un principe qui s'applique lorsque des mineurs sont concernés.


Une requête rejetée


Hormis Youssouf Fofana, assassin présumé, qui encourt la prison à vie, une quinzaine d'accusés doivent répondre de leur participation au rapt ou à la séquestration d'Ilan. D'autres comparaîtront libres pour les seuls chefs d'association de malfaiteurs ou de non dénonciation de crime.
Avant le procès, Youssouf Fofana a déjà protesté contre les conditions de sa détention prévue pour de longues heures dans la "souricière" insalubre du palais de justice de Paris, mais le tribunal administratif a rejeté mardi la requête qu'il avait formulée en urgence pour ne pas avoir à y séjourner.
Les avocats du chef présumé du "gang des barbares" soulignent, par ailleurs, que la procédure d'extradition depuis la Côte d'Ivoire ne mentionnait pas la circonstance aggravante du caractère antisémite du crime présumé, ni deux tentatives précédentes d'enlèvement. Ils demandent donc en conséquence que Fofana soit "déclaré absent" lorsque ces faits seront évoqués.
Mardi le procureur de la République de Paris a par ailleurs reçu un courrier émanant d'un groupe inconnu -"L'Organisation Juive"- promettant 400.000 euros à qui "s'occupera" du principal accusé si jamais "une peine exemplaire" n'est pas réclamée contre lui à l'issue des débats.
(Nouvelobs.com avec AFP)



Procès du "Gang des barbares" : Fofana défie la cour, Société - Information NouvelObs.com

Les leçons de Durban 2 « Caroline Fourest


Durban II” n’est ni un succès ni un échec, mais un match nul. On a sauvé la lettre, mais pas l’honneur. La France et son ambassadeur, Jean-Baptiste Mattei, ont eu raison de refuser la politique de la chaise vide, malgré la pression. Boycotter revenait à déserter. Participer a permis d’obtenir un meilleur texte qu’à “Durban I”. Sans référence à la “diffamation des religions” et sans focalisation sur Israël (comme si le conflit israélo-palestinien relevait du racisme et non d’un conflit territorial).

Entre ceux qui rêvent d’étendre la lutte contre le racisme à toutes les discriminations (y compris sexuelles) et ceux qui rêvent de transformer la lutte contre le racisme en lutte contre le blasphème, le seul compromis possible était un texte qui ne prévoyait ni l’un ni l’autre. Vu de Paris, cet accord peut paraître décevant. Vu de Genève, où l’on sait combien le rapport de force est défavorable aux pays démocratiques, on serait tenté de crier victoire.

Il faudra surveiller l’interprétation du paragraphe 12, bien mal ficelé, où l’énumération de certaines discriminations (”islamophobie, antisémitisme, anti-arabisme”) laisse penser que le racisme envers les musulmans, les juifs ou les Arabes relève d’un racisme antireligieux… Pour le reste, le texte sert la lutte contre le racisme et milite contre l’oubli des crimes du passé - dont la Shoah. La haut-commissaire aux droits de l’homme, ainsi que la plupart des grandes ONG représentées à Genève, l’ont salué comme la meilleure réponse possible au discours du président iranien.

A partir du moment où Ahmadinejad souhaitait venir faire son show pour les besoins de sa campagne électorale, il n’existait aucune posture idéale. Quitter la conférence revenait à lui abandonner le terrain. Les pays autoritaires en auraient profité pour réécrire le texte, dans le sens que l’on sait. A l’inverse, regarder ailleurs pendant qu’un tyran vomit sa haine à la tribune d’une conférence contre le racisme eut été indigne. Entre les deux, François Zimeray, ambassadeur pour les droits de l’homme, a convaincu ses collègues européens de se lever pour quitter la salle à la première diatribe. Un geste rare dans cette enceinte. Il a réparé l’affront. Il aurait fallu plus pour sauver l’honneur.

A force d’hésiter entre boycotter ou non, les démocraties ont manqué d’audace. Elles ont bataillé pour sauver le texte final, mais ont abandonné la tribune. Les pays les plus autoritaires s’y sont relayés pour ne parler que d’Israël ou de la diffamation des religions, sans qu’une autre vision du monde ne leur soit réellement opposée. Seul le ministre des affaires étrangères norvégien a sauvé l’honneur. Intervenant juste après le président iranien, il a dénoncé son discours avec la plus grande fermeté et rappelé que le texte voulu par cette assemblée était à l’opposé de ce message de haine. Où étaient les autres ?

Quel symbole si Rama Yade (secrétaire d’Etat aux droits de l’homme) avait succédé à Ahmadinejad pour remettre les pendules à l’heure ! Sous la pression des boycotteurs, son ministre de tutelle (Bernard Kouchner) ne lui a pas donné son accord. Et le président iranien a gardé la vedette.

Au lieu de boycotter ou d’envoyer leurs ambassadeurs, les Européens auraient dû se montrer offensifs et prendre le micro pour défendre leurs valeurs. Ils auraient dû rappeler en cascade que l’amalgame entre sionisme et racisme est une escroquerie, la focalisation sur le passé un écran de fumée, le racisme un mal qui ronge tous les pays (au Nord comme au Sud), et la critique de la religion un droit universel. Ils auraient aussi pu ironiser sur ces pays qui se battent contre la “diffamation des religions” au nom de l’islam tout en discriminant leurs minorités religieuses. Ou sur ces autres pays (parfois les mêmes) qui prétendent incarner les “damnés de la terre” tout en militant pour la domination masculine et l’oppression des minorités sexuelles. De ce point de vue, “Durban II” est une occasion manquée.

Caroline Fourest

Les leçons de Durban 2 « Caroline Fourest: "Les leçons de Durban 2
By Caroline Fourest

Opération de police à Calais, 200 migrants arrêtés


Près de 200 migrants ont été interpellés mardi lors d'une opération de police à Calais, par où transitent de nombreux candidats à l'immigration vers la Grande-Bretagne.

Le ministre de l'Immigration, Eric Besson, a expliqué en marge d'une conférence de presse à Paris que l'opération visait à démanteler les réseaux de passeurs d'immigrants illégaux, et non à arrêter les étrangers en situation irrégulière.

Selon la préfecture du Pas-de-Calais, quelque 150 personnes, essentiellement des Afghans, ont été arrêtées dans la zone industrielle des Dunes, surnommée "la jungle", où campent de nombreux migrants illégaux. Près de 300 policiers et gendarmes, sur les 500 mobilisés en tout, ont été déployés pour cette seule opération, menée sur réquisition du parquet de Boulogne-sur-mer.

Quarante-quatre autres sans papiers ont été arrêtés lors d'opérations menées sur des aires d'autoroutes du département.

Les quelque 200 migrants ainsi arrêtés ont été transférés et placés en garde à vue à Boulogne, Calais, Coquelles et Lille, après l'opération, qui a commencé vers 05h00 GMT (03h00 GMT) et s'est achevée vers 08h30 GMT (06h30).

"Il ne peut être dit ou suggéré qu'à Calais les passeurs et les trafiquants font la loi et, de ce point de vue-là, il fallait que l'Etat marque sa détermination", a dit Eric Besson.

Le ministre doit se rendre jeudi à Calais, où il présentera des mesures pour régler le problème d'afflux d'immigrés souhaitant gagner le Royaume-Uni, notamment sur les passeurs.

Lors d'une visite d'un commissariat à Nice, la ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a précisé que des identités de plusieurs centaines de personnes avaient été vérifiées.

"OPÉRATION DE NETTOYAGE"

Sylvie Copyans, secrétaire adjointe de l'association "Salam", très active auprès des migrants du Calaisis, a dénoncé pour sa part une "opération de nettoyage".

"Deux gros bulldozers jaunes étaient prêts et les forces de l'ordre avaient déposé deux bennes à l'entrée du campement. Le but n'était pas seulement d'interpeller, ils étaient venus pour détruire les cabanes installées mais notre présence a gêné", a-t-elle raconté. "Ça m'étonnerait que les personnes arrêtées soient 150 passeurs".

Elle a jugé "troublante" la coïncidence avec la visite d'Eric Besson. "Le campement concerné, où une mosquée de fortune a été installée, est le plus grand et le plus visible", a-t-elle dit, précisant que l'opération s'était déroulée dans le calme.

"Les migrants ne se rebellent pas, ils savent qu'ils ont tout à y perdre. Ils sont retournés dans leur cabane dès le départ des forces de l'ordre", a-t-elle rapporté.

Le tête de liste du Parti socialiste pour les élections européennes en Ile-de-France, Harlem Désir, a dénoncé pour sa part une "mise en scène médiatique déplorable" avant la visite d'Eric Besson dans la région.

"La politique de stigmatisation permanente des étrangers et de leurs familles contribue à instaurer un climat xénophobe insupportable dans notre pays", ajoute dans un communiqué l'ancien président de SOS Racisme.

Eric Besson, qui est lui-même un ancien membre du PS, s'est dit "choqué" par les propos d'Harlem Désir qui font selon lui un "amalgame surprenant" entre cette opération et la politique migratoire du gouvernement.

Les migrants qui cherchent à passer clandestinement en Grande-Bretagne sont de plus en plus nombreux dans la région de Calais, ont récemment observé les bénévoles des associations humanitaires qui leur viennent en aide.

Fin mars, Joël Loeuilleux, le responsable de la Ligue des droits de l'homme à Calais, estimait leur nombre à 700 environ, notamment des Afghans, des Erythréens et des Kurdes Irakiens.

Dans les bois qu'occupent les migrants à la sortie de la ville, les cabanes se sont multipliées.

Le centre de la Croix-Rouge de Sangatte, qui accueillait les candidats à l'immigration auparavant, avait été fermé en 2002 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur.

Opération de police à Calais, 200 migrants arrêtés

Harlem Désir dénonce «une nébuleuse de la haine» chez Dieudonné - leParisien.fr

Harlem Désir, tête de liste européenne du PS en Ile-de-France, considère que la candidature de Dieudonné et de ses co-listiers pour les élections de juin prochain émane d'une «nébuleuse de la haine».

«Cette candidature est celle d'une nébuleuse de la haine», commente l'eurodéputé socialiste dans un communiqué ce samedi.

Après avoir lancé sa campagne le 21 mars dans son théâtre de la Main d'Or à Paris (voir la vidéo en cliquant ici), l'humoriste controversé a annoncé ce vendredi qu'il présenterait au moins cinq listes «anti-sionistes» au scrutin européen du 7 juin.
«Les listes présentées par Dieudonné sont fondées sur des principes radicalement contraires aux valeurs humanistes de l'Europe», poursuit l'ancien président de SOS Racisme. «La dernière obscénité de Dieudonné, qui a fait défiler un figurant en costume rayé de déporté sur scène, montre son mépris pour la Shoah et la déportation, pourtant le plus grand crime de l'histoire de notre continent».

Dans plusieurs quartier de la banlieue d'Île-de-France, les listes Dieudonné - baptisée à l'époque Europalestine - avaient réalisé de bons scores aux derrnières élections europénnes.


«Surtout, cette annonce achève de démontrer s'il en était besoin que Dieudonné n'est pas un humoriste mais un agitateur d'extrême droite qui véhicule des idées nauséabondes», selon Harlem Désir qui «renvoie dos-à-dos Marine Le Pen et Dieudonné».


Approfondir : Tariq Ramadan avec Dieudonné et Soral : vers l'antisémitisme? sur Mémorial 98


Yazid Sabeg, un commissaire de plus en plus présent - Bakchich

Bisbilles / mardi 31 mars par Marion Mourgue, Eric Laffitte

Le rapport que Yazid Sabeg doit remettre à Nicolas Sarkozy sur l’égalité des chances - et dont Bakchich s’est procuré quelques extraits - empiète sensiblement sur le terrain d’action de Fadela Amara.

Mardi dernier, Nicolas Sarkozy a reçu Yazid Sabeg, selon l’entourage du commissaire à la Diversité et à l’Égalité des chances ; une information démentie par l’Élysée. Le rendez-vous, non inscrit à l’agenda officiel, faisait suite à l’annulation de la remise du rapport du Commissaire, pour cause d’agenda présidentiel trop chargé.

Depuis sa nomination, fin décembre, Yazid Sabeg buchait sur les mesures à mettre en place pour lutter contre les discriminations, parmi lesquelles la mise en place très controversée d’un outil d’évaluation de la diversité. Comme pour couper court aux rumeurs d’une mise à l’index par l’Élysée, après la polémique autour de cet outil d’évaluation, l’entourage de Sabeg précise : « Nicolas Sarkozy et Claude Guéant ont validé les grandes lignes du rapport ». En clair, aucun problème sous le soleil. Tout dépend pour qui…

Car le rapport préparé par le commissaire et qui, en principe, devrait être publiquement remis au Président dans les jours ou les semaines qui viennent, et dont Bakchich s’est procuré quelques extraits, empiète étrangement sur le domaine d’activités de Fadela Amara. La secrétaire d’État, en charge de la politique de la ville, a sous sa responsabilité un millefeuille institutionnel qui ne facilite pas son action : les ZUS (zones urbaines sensibles), les ZFU (Zones franches urbaines), les ZEP (Zones d’éducation prioritaire), les zones de développement Anru (Agence nationale de rénovation urbaine) et les Cucs (Contrats urbains de cohésion sociale). Rien que ça !...

http://www.bakchich.info/Yazid-Sabeg-un-Haut-Commissaire-de,07238.html

Réforme de la naturalisation: «Une atteinte au principe d'égalité» - Libération

Le ministre de l'Immigration Eric Besson l'a annoncé ce lundi: l'octroi de la naturalisation sera désormais confié aux préfectures et non plus au niveau national. Pour l'historien Patrick Weil, c'est la porte ouverte à l'arbitraire.

Patrick Weil, enseignant à Paris 1, spécialiste de l'histoire de la nationalité et de l'immigration, a coordonné en février 2008 une pétition (à télécharger ici en pdf) réclamant l'arrêt de la réforme de la procédure de naturalisation. Cette réforme, ébauchée à l'époque par Brice Hortefeux et annoncée aujourd'hui par son successeur Eric Besson, va confier la naturalisation aux préfectures.

Pourquoi parlez-vous d'«arnaque» au sujet de cette réforme de la procédure de naturalisation ?

Jusqu'à présent, la demande de naturalisation se faisait à la préfecture, mais, pour que les décisions soient cohérentes, tous les dossiers étaient ensuite centralisés à la sous-direction des naturalisations (SDN), installée à Rezé (près de Nantes). La préfecture donnait un avis, mais la décision finale revenait aux fonctionnaires spécialisés de la SDN. L'avis de la préfecture n'engageant d'ailleurs pas la décision finale: il arrive qu'un candidat ayant reçu un avis négatif en préfecture voit finalement sa demande acceptée par la SDN. Ce n'est plus ce qui va se passer. Avec la réforme, ce sera aux préfectures de décider. Ce qui va créer une inégalité de traitement, selon le département où l'on habite.

Par exemple ?

En Seine-et-Marne, dans le Val-de-Marne ou en Seine-Saint-Denis, des départements à forte population immigrée, plus de 50% des demandes font l'objet d'une décision négative en préfecture. Dans les Landes ou l'Ariège, on a moins de 25% d'avis négatifs. On voit donc bien qu'avec cette réforme, on va aller vers plus d'arbitraire. C'est une atteinte au principe d'égalité.

Cette réforme sera-t-elle malgré tout de nature à réduire les délais d'attente, comme l'affirme le gouvernement ?

Certainement pas, ça risque même d'être le contraire ! Aujourd'hui, c'est au niveau des préfectures que ça coince, pas de la SDN. Pour obtenir un dossier de naturalisation en préfecture, ça peut prendre deux, trois ans. Et encore, ça n'est que la première étape. Si l'on décide maintenant de donner plus de responsabilités au préfectures, cela va certainement provoquer des dysfonctionnements. Les préfectures n'ont pas les moyens juridiques et en personnel pour traiter ces dossiers, et elle ne les auront pas plus après la réforme. Si on avait vraiment voulu réduire les délais, on aurait pu prendre des mesures de bon sens, comme délivrer les dossiers de demande en mairie. Réduire les délais est un faux argument. Cette réforme est faite pour sélectionner qui on veut naturaliser ou non, suivant des critères qu'on n'ose pas évoquer aujourd'hui, comme l'origine nationale.

NON AU DÉLIT DE SOLIDARITÉ ! Signez la pétition

Besson affirme que personne n’a jamais été condamné pour «délit de solidarité»en France. Charlie Hebdo prouve le contraire.

Besson ment! Nous demandons l’abrogation de l’article L. 622-1 du CESEDA, qui permet de condamner à cinq ans de prison et 30 000 euros d’amende «toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d’un étranger en France».
« Besson ment, j’ai été condamné pour délit de solidarité »
Le Gisti vient de publier la liste non exhaustive d’une trentaine de personnes condamnées pour «délit de solidarité». Charlie hebdo a retrouvé l’un d’entre eux : Dimitri Pakhomoff, chauffeur de taxi à la retraite.
Propos recueillis par Sylvie Coma «Quand le ministre Besson dit que «personne, en France, n’a jamais été condamné pour avoir seulement accueilli, accompagné ou hébergé un étranger en situation irrégulière», moi, je peux crier que c’est faux. Je vais avoir 73 ans, j’ai travaillé pendant quarante-neuf ans et j’ai été chauffeur de taxi à Calais pendant quinze ans. En 2002, j’ai été condamné à un an de prison ferme pour avoir simplement exercé mon métier. Pourquoi ? Je ne le comprends toujours pas.
À cette époque, les réfugiés étaient massés à Sangatte. À part la compassion que j’ai eue et que j’ai encore pour ces malheureux, je n’ai rien à me reprocher. Comme tous mes collègues, j’ai effectivement transporté ces pauvres gens dans mon taxi. La plupart du temps, ils voulaient aller à Calais pour faire des courses à l’épicerie. Et parfois aussi pour prendre le train à la gare. En quoi aurais-je dû les en empêcher ? Chacun vit sa vie. Étant taxi, je n’avais pas le droit de leur demander leurs papiers — je ne suis pas de la police ! —, ni de refuser de les prendre dans ma voiture, sous peine d’être poursuivi pour discrimination raciale. Et puis, ces personnes n’étaient pas des prisonniers, c’était des réfugiés. Je les transportais comme des clients, en leur faisant souvent des prix préférentiels. La misère est universelle et n’a pas de citoyenneté.» Le témoignage complet est à lire dans Charlie Hebdo n° 880.

lundi 20 avril 2009

Eric Besson va présenter une nouvelle procédure de naturalisation - Politique - Le Monde.fr


Eric Besson va présenter une nouvelle procédure de naturalisation - Politique - Le Monde.fr

Le ministre de l'immigration, Eric Besson, doit présenter, lundi 20 avril, à Nantes, la réforme de la procédure de naturalisation, qui devrait se traduire par un transfert de compétences vers les préfectures, une réforme dont l'ébauche, tracée par Brice Hortefeux, suscite déjà de nombreuses critiques.

Dans le cadre de la révision générale des politiques publiques, le gouvernement s'est en effet prononcé l'an dernier en faveur d'une déconcentration des décisions de naturalisation vers les préfectures, une attribution jusqu'à présent dévolue à la sous-direction de l'accès à la nationalité française (sous-direction des naturalisations) installée à Rezé, près de Nantes. L'argument avancé par le gouvernement est qu'il y aurait doublon entre l'échelon préfectoral et l'échelon ministériel, l'objectif étant une réduction des délais.

Jusqu'à présent, les préfectures enregistrent, instruisent les demandes de naturalisation et émettent un avis. Pour équilibrer les écarts d'appréciation entre les différentes préfectures, les décisions finales sont prises sur des critères communs par la sous-direction de l'accès à la nationalité française. Il y aurait eu en 2008, près de cent mille naturalisations, selon le ministère.

"UNE ATTEINTE AU PRINCIPE D'ÉGALITÉ"

Le 19 juin, le prédécesseur d'Eric Besson à l'immigration, Brice Hortefeux, avait indiqué que les décisions favorables aux naturalisations se feraient à l'échelon des préfectures mais qu'en cas d'avis négatif, les demandes seraient réexaminées au niveau de l'administration centrale, à Nantes.

"Une arnaque absolue, une atteinte au principe d'égalité, a déclaré l'historien Patrick Weil. Un tel pouvoir régalien délégué aux préfets comporte naturellement un risque d'abus et de favoritisme politique. C'est pour cette raison que tous les grands pays démocratiques ont centralisé leurs procédures de naturalisation, qui sont des procédures très complexes." L'an dernier, Patrick Weil avait coordonné une pétition de chercheurs qui demandaient au gouvernement de renoncer à son projet de confier "l'entière responsabilité" de la naturalisation aux préfectures.

Parmi les signataires, figuraient Catherine de Wenden, Jacqueline Costa-Lascoux, directrices de recherches au CNRS, Gérard Noiriel et Benjamin Stora, historiens, Serge Slama, spécialiste de droit public, Patrick Simon, démographe et Etienne Balibar, philosophe. En juin dernier, au Sénat, une conférence de presse commune aux groupes parlementaires socialistes et à des représentants d'associations et de syndicats avaient également lancé une "mise en garde" contre ce projet de réforme. Monique Cerisier-ben Guiga, sénatrice des Français de l'étranger, avait fait valoir à cette occasion que "le droit de la nationalité est extrêmement complexe" et qu'"il ne doit pas y avoir en France quatre-vingt-quinze manières différentes d'attribuer notre nationalité".

Conférence sur le racisme: la grande gabegie | Tribune de Genève


Conférence sur le racisme: la grande gabegie |Tribune de Genève:

ONU | Le rendez-vous de l’ONU s’ouvre lundi à Genève sur fond de boycotts et de polémiques. Israël reproche à la Suisse de cautionner une conférence à laquelle participe le président iranien.

La Suisse qui se fait tancer par Israël, les Européens qui ne parviennent pas à trouver une position commune, les Etats-Unis qui prennent la poudre d’escampette… Un vent de panique a soufflé durant tout le week-end sur les grandes capitales européennes. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se sont consultés à plusieurs reprises. Dans la soirée, l’Union européenne hésitait encore entre un boycott et une participation minimaliste avant que l’Allemagne n’annonce finalement son retrait définitif. La France, elle, a décidé de s’y rendre.

La Conférence sur le racisme qui s’ouvre ce matin à Genève sent le soufre. L’accord arraché vendredi soir n’a pas tenu. Même «nettoyé» de son passage controversé sur la diffamation des religions, le projet de texte soumis à discussion à partir d’aujourd’hui recèle trop de pièges aux yeux des Européens.

La venue du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a en outre changé la portée de cette conférence. Les plus optimistes y voyaient une occasion de réconcilier Occidentaux et pays musulmans sur la question des droits de l’homme. C’était sans compter avec le goût prononcé du président iranien pour la provocation.

Première provocation

Hier après-midi, Mahmoud Ahmadinejad a donné raison aux plus pessimistes qui pronostiquaient un détournement de la conférence à des fins politiques et une vendetta antisémite comme à Durban en 2001. Juste avant d’embarquer dans son avion pour Genève, le président iranien a donné le ton de son intervention d’aujourd’hui en déclarant que l’Etat hébreu était le «porte-drapeau du racisme».

En quelques secondes, l’accord arraché de haute lutte entre les Occidentaux et l’Organisation de la conférence islamique (OCI), pour évacuer la question israélo-palestinienne des débats a volé en éclats. Comment l’ONU va-t-elle pouvoir se sortir de ce piège? Le «machin» jadis tant décrié par le général de Gaulle accouche d’un truc qui fait pâlir d’inquiétude toute la communauté internationale.

La confusion règne

L’Iran n’a pas l’arme nucléaire mais elle est en mesure d’atomiser la diplomatie onusienne. Prise au piège depuis qu’elle a annoncé sa participation, la Suisse est contrainte à l’esquive. Micheline Calmy-Rey a indiqué hier soir qu’elle n’irait sans doute pas «elle-même» à la conférence pour ne pas cautionner «les dérapages» qui pourraient survenir.

Ce qui devait être la grand-messe des antiracistes est en passe de devenir une énorme gabegie. Les grands perdants, ce sont évidemment les victimes des discriminations raciales, de la xénophobie et de l’intolérance où qu’elles se trouvent à travers le monde. L’ambition du processus de Durban était d’édicter une norme, une règle, une ligne de conduite commune et universelle dans le respect des différences de chacun. On en est loin. Très loin.

Le voile d’infamie jeté sur la conférence par les gardiens de la révolution iranienne ne saurait pourtant occulter les efforts et progrès réalisés dans l’ombre ces dernières semaines. La ligne de fracture s’est déplacée. Plusieurs pays musulmans sont revenus à des positions plus modérées sur des questions pourtant très controversées. Les divisions ont surgi au sein des blocs régionaux, entre Européens, entre Arabes et entre Africains. On est passé d’une situation de confron­ta­tion entre Occidentaux et musulmans à une situation de confusion.


Les condamnations s’abattent en pluie au sommet des ONG

«C’est une gifle à la communauté internationale. Une ironie d’inviter un homme qui nie l’Holocauste à s’adresser lors d’un sommet sur le racisme», estime l’activiste iranienne Nazanin Afshin-Jam. De tous côtés, les critiques contre la venue du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, à la Conférence de Durban II fusent. Hier, elles ont résonné dans l’enceinte du Centre international de conférences de Genève, qui accueillait le Sommet sur la démocratie, la tolérance et les droits de l’homme, en marge de la conférence onusienne sur le racisme. A l’initiative de vingt organisations non gouvernementales, dont la Licra, SOS racisme ou UN Watch, la réunion avait pour objectif de rappeler, au-delà des circonvolutions diplomatiques, les grands sujets à mettre à l’agenda international.

Ici, pas de pincettes diplomatiques. Défenseurs des droits de l’homme, dissidents, victimes de génocides, de torture ou de dictatures dénoncent et nomment les personnalités les plus hautes.

«Honte à toi, Kadhafi! Honte à toi, Libye.» Ashraf El Hagog, le médecin palestinien qui a passé près de huit ans dans les geôles libyennes, est à la tribune pour dire ce que la présidente libyenne du comité préparatoire de la Conférence de Durban II lui a refusé vendredi. Il propose en substance un amendement pour que les Nations Unies condamnent les pays qui utilisent des boucs émissaires; ces pays doivent reconnaître leurs erreurs et s’excuser; enfin, ils doivent offrir un remède approprié aux victimes, a déclaré en substance le Dr Ashraf El Hagog.

«Les enjeux réels ne sont pas posés par Durban II, a regretté Dominique Sopo, président de SOS Racisme. Ce qui se passe aujourd’hui au Darfour aurait dû être au centre des discussions. L’autre point clé est celui du négationnisme. Une conférence contre le racisme doit s’y pencher.»

Tout au long de la journée, les témoignages les plus poignants se sont succédé. Iran, Rwanda, Darfour, Birmanie, Cuba, Biélorussie, Libye, Venezuela, le Zimbabwe, l’Egypte, les cas ne manquent pas pour illustrer les violations des droits de l’homme. Histoire de moins se focaliser sur le conflit israélo-palestinien.

Anne-Muriel Brouet


Des centaines de manifestants

Le rassemblement contre le racisme a attiré, samedi après-midi à la place Neuve, près de 700 personnes, selon l’un des organisateurs, Karl Grünberg de ACOR/SOS Racisme. Parmi les participants figuraient des syndicats (SIT, UNIA), des associations tamouls ainsi que des partis politiques (Les Verts, Solidarités) notamment. Restés à l’écart, des groupes altermondialistes, comme Action antifasciste, avaient aussi fait le déplacement.

Sur les marches du Grand Théâtre, Jamal Zamalka, député palestinien au parlement israélien, a fustigé l’irrespect des droits de l’homme dont fait preuve Israël. L’UDC a également été montrée du doigt, accusée d’alimenter la haine par ses affiches de campagne et ses slogans anti-étrangers.

L’ancien rapporteur de l’ONU pour le racisme, Doudou Diène, a rappelé que le «chemin a été long entre Durban et Genève. Tout a été fait pour que cette conférence n’ait pas lieu.» Chaleureusement applaudi, l’ancien diplomate sénégalais a aussi loué les efforts des associations antixénophobes, affirmant que «tous les combats contre le racisme ont été menés par la société civile». Doudou Diène a indiqué à la Tribune de Genève qu’il demeurait certain que les participants à la conférence s’entendraient sur le projet de document final.

Le conseiller administratif Rémy Pagani a de son côté réaffirmé son soutien à un droit d’éligibilité des étrangers en Ville de Genève: «C’est un droit indivisible. Il n’y a pas de raison que ça ne marche pas.»

Henri Della Casa


La Suisse épinglée par Israël

Grosse colère. Israël a dénoncé hier la rencontre tenue dans la soirée entre le président de la Confédération, Hans-Rudolf Merz, et son homologue iranien, Mahmoud Ahmadinejad, à la veille de la Conférence contre le racisme.

«Cette conférence est une farce tragique!» assène Yossi Lévy, chargé des relations avec la presse au Ministère israélien des affaires étrangères. «Officiellement, il s’agit de dénoncer le racisme et on invite un négationniste connu qui appelle à la destruction de l’Etat d’Israël!»

Ambassadeur d’Israël auprès de l’ONU à Genève, Aharon Lechnoyaar affirmait hier à la radio qu’il tentait encore de «convaincre le président suisse de ne pas rencontrer Ahmadinejad, qui va prononcer un discours le jour de la commémoration de la Shoah et de l’anniversaire d’Hitler».

Lors de la rencontre, le président suisse a exprimé son inquiétude face à la situation des droits de l’homme en Iran, en particulier sur les peines corporelles, les lapidations et les exécutions de mineurs.

Corrigeons nos pratiques, mais pas nos principes, par Bariza Khiari et Samuel Thomas - Opinions - Le Monde.fr

Corrigeons nos pratiques, mais pas nos principes, par Bariza Khiari et Samuel Thomas - Opinions - Le Monde.fr

L' offensive en faveur des statistiques ethniques figurait dans les déclarations de campagne du candidat Sarkozy. La première salve fut sournoise : par un amendement au projet de loi relatif à l'immigration, à l'asile et à l'intégration, la majorité parlementaire autorisa la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) à banaliser le recours aux statistiques ethniques, avant que le Conseil constitutionnel ne censure ce dispositif, le 15 novembre 2007. M. Sarkozy récidiva le 8 janvier 2008, en évoquant la modification de la Constitution afin d'y inscrire le principe de diversité. Le Comité chargé d'étudier cette nouvelle proposition conclut en décembre 2008 qu'elle était inopportune. Qu'importe, Nicolas Sarkozy nomme Yazid Sabeg, partisan notoire des statistiques ethniques, commissaire à la diversité, afin de mener à terme cette entreprise.

Aux yeux de M. Sabeg, la polémique sur les statistiques ethniques serait un remake de la lutte opposant les Anciens et les Modernes. Il faudrait, au nom du volontarisme politique, oublier l'histoire, faire fi de nos objections de principe et sacrifier les idéaux républicains sur l'autel de l'évaluation des politiques publiques. Exit donc le préambule de 1946, selon lequel "tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés". Troublante inversion des valeurs : en guise de modernité, on ne nous propose qu'une invraisemblable régression.

Nous tenons à réaffirmer notre conviction : on ne peut prétendre lutter contre les discriminations en reproduisant le schéma mental de ceux qui discriminent. Nous sommes fidèles à l'idéal d'égalité républicaine, non par conservatisme, mais parce qu'il reste le plus beau, le plus noble. De surcroît, la mesure proposée, fondée sur le sentiment d'appartenance à une communauté et l'autodéclaratif, est contestable. Tel se déclarera arabe, tel autre mettra en avant son appartenance kabyle, berbère, religieuse, ou nationale. Faudra-t-il autant de variables que de réponses données ?

PRÉTENDUE IMPUISSANCE

La question n'est pas seulement de savoir s'il est possible de mesurer la diversité, mais de savoir si, à partir de ces mesures, il est possible d'impulser des politiques publiques efficaces. Faut-il, une fois qu'on aura par exemple mesuré qu'il y a 10 % de Français qui se disent discriminés car noirs de peau, leur réserver 10 % des places en filières sélectives, 10 % des places en position éligible sur les listes électorales ?

On ne peut bâtir une politique de long terme sur une donnée aussi imprécise et volatile que le sentiment d'appartenance. Face à tous les tenants de politique de quotas, de comptage ou d'assignation communautaire, nous croyons que la meilleure réponse aux discriminations reste l'application radicale du principe d'égalité.

Elus, acteurs économiques ou associatifs, nous devons engager une véritable rupture dans la lutte contre les discriminations. Pas une rupture avec nos principes, mais avec nos pratiques ou notre complaisance. Cette rupture, c'est celle de la volonté politique, des moyens et des mentalités. Les législations prohibant les discriminations ou le fichage ethnique existent depuis plus de trente ans. Jusqu'à présent, peu de sanctions ont été prononcées. Nous demandons la juste et stricte application de la loi. C'est la seule façon de démanteler les systèmes discriminatoires qui gangrènent notre société.

Les républicains ne peuvent plus se retrancher derrière une prétendue impuissance politique. Dans les collectivités territoriales, les offices HLM, les missions locales, les élus disposent d'un réel pouvoir de décision et de sanction. Ainsi, les maires peuvent retirer l'autorisation d'ouvrir après minuit à une discothèque épinglée pour discrimination. Au niveau national, nous devons exiger la mise en oeuvre d'une politique réelle de lutte contre les discriminations et dénoncer les mesures d'affichage du gouvernement. Les discriminations sont des actes de délinquance, il faut leur appliquer le même traitement qu'aux autres. Les outils de l'égalité républicaine existent. Le CV anonyme a été adopté en 2006 par le Parlement, mais le gouvernement refuse toujours de prendre les décrets nécessaires à son application.

Le 11 février, le Sénat a adopté à l'unanimité une proposition de loi visant à supprimer les "emplois fermés" dans le secteur libéral et privé. En effet, en vertu de la réglementation en vigueur, un étudiant extracommunautaire ayant effectué l'intégralité de ses études de médecine, d'architecte, d'expert-comptable, etc., en France n'a pas, en théorie, le droit d'exercer. Ces restrictions d'accès liées à la nationalité datent du début du XXe siècle. Elles sont connotées, obsolètes, et moralement condamnables. Pire, elles encouragent les discriminations illégales. Le gouvernement dispose là d'un outil législatif républicain et méritocratique pour faire preuve de sa détermination à lutter contre les discriminations.

Si nous cédons aux sirènes de ceux qui, sous couvert de mesure de la diversité, prétendent banaliser les statistiques ethniques en France, nous aurons perdu nos principes et la bataille idéologique que nous ont lancée les néoconservateurs et réactionnaires de tous poils. Pour eux, il s'agit en réalité d'occulter la question sociale et de faire peser la responsabilité des inégalités sur des variables ethniques. Face à cette offensive, réaffirmer nos principes ne suffit pas, nous devons leur donner une réalité en menant une véritable politique de lutte contre les discriminations et en traitant d'urgence la question sociale.


Bariza Khiari est sénatrice PS de Paris et Samuel Thomas vice-président de SOS-Racisme.

Comptage ethnique : un débat confus et paradoxal, par Eric Fassin - Opinions - Le Monde.fr

Comptage ethnique : un débat confus et paradoxal, par Eric Fassin - Opinions - Le Monde.fr

Un débat peut en cacher un autre. Pour ou contre les 'statistiques ethniques' (ou la 'mesure de la diversité') ? Les camps s'organisent une fois encore : face à Yazid Sabeg, commissaire à la diversité, se dresse Patrick Gaubert, président du Haut Conseil à l'intégration (HCI) ; et face au comité présidé par François Héran, directeur de l'Institut national d'études démographiques (INED), une contre-commission de chercheurs se met en place.

Pour les uns, s'aveugler à la couleur au nom de la République, c'est laisser faire les discriminations raciales. Pour les autres, l'universalisme, supposé français, serait en butte au communautarisme, réputé "anglo-saxon". Pour les premiers, il faut bien mesurer les discriminations si l'on veut les combattre. Pour les seconds, les catégories mobilisées contribueraient à l'assignation d'identités raciales.

Entre les uns et les autres, l'écart n'est pourtant pas si grand. Tous s'accorderaient sur un même objectif : lutter contre les discriminations. Les oppositions ne portent donc pas sur les fins, mais sur les moyens. Or, même sur ce point, les différences sont bien moins importantes qu'il n'y paraît. En particulier, personne ne propose aujourd'hui d'introduire des catégories racialisées dans le recensement : il n'est question que des enquêtes publiques - au risque d'ailleurs de laisser le champ libre aux seuls sondages privés.

Surtout, nul ne récuse la mesure. Pour le HCI, Jean-François Amadieu conduit ainsi une étude quantitative sur les élus municipaux issus de l'immigration : les adversaires des "statistiques ethniques" ne dédaignent donc pas la "mesure de la diversité"... Certes, de peur d'encourager l'identification communautaire, ils refusent de prendre en compte les données "subjectives" - le "ressenti", c'est-à-dire non seulement le sentiment d'appartenance, mais aussi l'expérience des discriminations. Pour autant, ils n'hésitent pas à s'appuyer sur des données "objectives" - non seulement sur le pays de naissance des parents, mais aussi sur les noms et prénoms, soit des indicateurs indirects (et approximatifs) de l'origine. Bref, le différend porte bien sur les méthodes : selon les uns, on dispose déjà de tous les outils requis, alors que, pour les autres, il est nécessaire de se doter d'instruments nouveaux.

Ces faibles divergences rendent paradoxale la polémique actuelle. C'est qu'en fait ce débat en cache un autre : non pas "pour ou contre ?", mais "pour quoi faire ?". Or, faute de débattre sur les usages possibles de la mesure, on entretient la confusion. La commission Veil sur la diversité a bien rejeté les "politiques d'action positive à fondement ethnique ou racial", mais pas les "statistiques ethniques" - enquêtes à partir de données "objectives", voire "subjectives", comme le "ressenti d'appartenance" : au contraire, "le comité, pas plus que l'immense majorité des scientifiques, ne comprendrait qu'elles soient interdites, tant il est vrai que la lutte contre les discriminations suppose de pouvoir les mesurer".

Le chef de l'Etat a repris cette double logique dans son discours du 17 décembre 2008 : "Si la question des statistiques pour mesurer les inégalités et les discriminations liées à l'origine est ouverte, la question d'une politique fondée sur des critères ethniques ou religieux doit être close." A quoi serviraient donc ces statistiques ? Non pas à définir les catégories de l'action publique, mais seulement à en mesurer les effets éventuels. C'est pourquoi Yazid Sabeg ne prévoit pas d'attendre les conclusions du comité Héran pour rendre son propre rapport sur la promotion de la diversité. Il veut non pas mesurer pour combattre, mais seulement mesurer pour évaluer.

Certes, d'aucuns espèrent que la "mesure de la diversité" débouchera malgré tout, au-delà des "boursiers" déjà recrutés sur "critères sociaux", sur une action positive répondant spécifiquement à la discrimination raciale. D'autres à l'inverse craignent que les "statistiques ethniques" n'ouvrent la porte à des statistiques racistes, par exemple pour la criminalité. Reste que des statistiques conçues "à toutes fins utiles" pourraient bien, du moins à court terme, n'avoir qu'une fonction : mesurer pour mesurer. Demander "pour quoi faire ?" engagerait au contraire à les utiliser, en évitant leur instrumentalisation raciste, au service d'une action positive. A défaut d'un tel engagement, à quoi sert aujourd'hui la controverse ? Pour Nicolas Sarkozy, le bénéfice est clair : grâce à cet affichage, il paraît garder l'avantage sur la gauche en matière de diversité. Sans doute divise-t-il la majorité, mais plus encore l'opposition - sans parler des chercheurs.

Et si rien ne devait résulter de cette politique de la confusion, il en imputerait la responsabilité aux conservatismes de tous bords. Beaucoup de bruit pour rien ? En réalité, sa rhétorique aurait entretenu l'illusion, selon la formule du chercheur Patrick Simon, que "la lutte contre les discriminations" serait "passée à droite". Pourtant, l'inaction avérée de la gauche en ce domaine ne devrait pas suffire à faire prendre l'agitation de la droite pour une véritable action.

L'enjeu est d'autant plus important que la diversité permet au président de corriger l'image moins flatteuse que lui valent les quotas d'expulsions. Sans doute Yazid Sabeg prétend-il dissocier les deux sujets. Mais c'est bien le ministre de l'immigration qui, au nom de l'intégration, fait aujourd'hui de la diversité un label : non seulement cette ouverture rachèterait l'exclusion des étrangers, mais, surtout, la rigueur en matière d'immigration serait la condition de la générosité en matière de diversité. Or la suspicion généralisée à l'encontre des étrangers encourage les discriminations que subissent ceux qui leur ressemblent - autrement dit, les minorités visibles. Le débat sur les statistiques ne doit pas le faire oublier : xénophobie et diversité font rarement bon ménage.


Eric Fassin est sociologue à l'Ecole normale supérieure.

Hypocrisie et imposture scientifique, Stéphane Jugnot - Opinions - Le Monde.fr

Hypocrisie et imposture scientifique, Stéphane Jugnot - Opinions - Le Monde.fr:

Dans Le Monde du 25 mars, François Héran, missionné par Yazid Sabeg, se livre à une défense et illustration des statistiques ethnoraciales en laissant de côté des questions essentielles, sur un sujet où l'imposture scientifique côtoie beaucoup d'hypocrisie. Hypocrisie d'abord lorsqu'il promeut l'appellation 'diversité' pour taire la race et l'ethnie, que d'autres pays n'hésitent pas, eux, à afficher clairement. Dès lors que l'on distingue les 'Noirs' ou les 'Arabes', le fait de tenir compte aussi d'autres informations, comme les qualifications ou l'origine sociale, ne fait pas disparaître par miracle la dimension ethnique de l'analyse. Et ce faisant, elle valide une vision raciale de la société.

En 1998, Patrick Simon écrivait que "la reconnaissance des identités ethniques par l'intermédiaire de la catégorisation scientifique laisse entier le risque de réification des groupes ethniques". Curieuse démarche scientifique que de prôner un instrument de mesure qui déforme les réalités que l'on veut observer. Les pays qui développent ce genre d'outils ne le font pas dans une démarche de connaissance des discriminations mais pour servir une législation qui promeut l'"affirmative action". Les catégories qu'ils utilisent ne sont pas scientifiques, elles viennent de décisions politiques.

On semble nous dire que le facteur ethnoracial est une réalité sociale évidente à prendre en compte. Mais selon quelle catégorisation ? Aux Etats-Unis, au Canada, en Grande-Bretagne, on parle de "Noirs", de "Blancs", mais pas de "Jaunes". Les Asiatiques sont distingués selon leur pays d'origine. Pourquoi ce distinguo ? Dans les interactions, le raciste, conscient ou inconscient, repérerait-il la nationalité des uns mais pas celles des autres ? La réponse de Yazid Sabeg est prête : ce sera de l'autodétermination. Encore une hypocrisie, car l'autodétermination n'existe que si la question des origines ou de l'identité est une question ouverte. Et cela conduit alors à un inventaire peu opérationnel parce qu'une même personne peut, selon le moment, se dire, par exemple, tantôt égyptienne, tantôt arabe, tantôt copte, tantôt française. Pour l'éviter, les chercheurs guideront l'enquêté, soit en proposant une classification, complétée d'une rubrique "autre" ; soit en donnant des exemples qui lui forceront la main.

Que répondriez-vous à la question : "Comment définiriez-vous votre identité ?" selon que l'on vous précise : "par exemple : Français, Algérien, Turc" ; "par exemple : Français, Breton, Basque" ; "par exemple : Noir, Arabe, Chinois" ? Et que diriez-vous si l'on se contentait d'un "comment définiriez-vous votre identité ?". Le même exercice vaut pour cette question : "Comment pensez-vous que les autres vous voient ?" Parce qu'il n'y a pas de grille de lecture ethnoraciale naturelle, demander à quelqu'un de se classer selon des catégories imposées ou suggérées ne le laisse pas libre de définir son origine.

M. Héran semble mettre sur le même plan les variables "objectives", comme la nationalité ou le pays d'origine, et les variables "subjectives". Curieuse approche scientifique que de prôner des mesures à partir de concepts flous. Alors que les économètres renvoient de plus en plus souvent au placard la catégorie socioprofessionnelle au profit du niveau de diplôme ou du niveau de salaire parce qu'ils veulent savoir ce qu'ils mesurent, il faudrait en revanche substituer au pays de naissance ou à la nationalité un avis subjectif des enquêtés sur leur façon de définir leur identité selon des catégorisations floues ?

Quant au référentiel ethnoracial, il est inéluctable à terme si le principe de statistiques de la diversité est admis, comme l'intégration de cette information dans de multiples fichiers. Des statistiques de la diversité limitées à des enquêtes ponctuelles et ciblées n'auraient pas de sens. Que conclure d'une observation dans une entreprise sans référence à son bassin d'emploi ? Il faut aux statistiques de la diversité des données de référence, à des échelons géographiques fins, ce qui n'est possible que si les sources administratives issues des fichiers de gestion ou le recensement les fournissent. Il leur faudra des catégories homogènes pour se comparer, donc un référentiel.

Par ailleurs, le 24 mai 2007, devant le Conseil national de l'information statistique, François Héran notait "qu'une grille ethnoraciale ne saurait s'imposer sans réunir deux conditions qui, de fait, ne caractérisent guère le contexte français : une volonté politique d'imposer l'utilisation d'une nomenclature ethnoraciale (...) et des lobbies ethniques puissants, désireux d'être comptés pour compter". A entendre M. Sabeg, le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) et certains chercheurs, à voir le lobbying en oeuvre depuis trois ans, on peut ne pas partager les mêmes conclusions que François Héran. C'est au contraire une politique des petits pas qui semble se mettre en place. Une fois la porte entrouverte, elle sera grande ouverte.


Stéphane Jugnot est statisticien et économiste.

Diversité et contrôles au faciès, par Caroline Fourest - Opinions - Le Monde.fr

Diversité et contrôles au faciès, par Caroline Fourest - Opinions - Le Monde.fr:

Le rapport du commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, Yazid Sabeg, se fait désirer. On l'attendait pour la mi-mars, puis le 5 avril. Il sera finalement remis début mai... Sans la partie abordant la question des statistiques ethniques, celle qui fait justement débat. On l'annonce pour courant juin, peut-être après. Classement sans suite ou reculade pour mieux sauter ?

Le commissaire aurait-il entendu les voix qui s'élèvent pour démonter l'absurdité intellectuelle, morale et scientifique, d'une grille de lecture ethnique ? Aurait-il admis qu'il existait déjà des moyens de mesurer les discriminations et même de mener des enquêtes sur certains critères, comme le nom ou le lieu de naissance des ascendants, sans assigner de façon mécanique les citoyens à des catégories ethno-raciales ? Se pourrait-il qu'à force de le répéter, il soit enfin compris que tout ne se mesure pas comme une bagnole ou un meuble suédois... Qu'une identité est multiple, complexe, souvent insaisissable.

Même s'il n'est question que de ressenti, cette identité risque de n'entrer dans aucune case. Même anonyme, comment l'utiliser ? Comment établir un baromètre qui puisse comparer le nombre d'employés se percevant comme arabes, noirs, juifs ou homosexuels, qu'on soit dans un cabinet d'avocats à Paris ou dans une entreprise de produits laitiers de la Creuse ? Bref, à force d'y songer, le commissaire aurait-il renoncé à ses envies de faire du contrôle au faciès dans les entreprises ?

Ce serait la preuve que ce gouvernement sait entendre, réfléchir, et parfois changer d'avis. Mais ne soyons pas trop optimistes. Le dossier des statistiques ethniques est suivi de près à l'Elysée. Presque une affaire personnelle. Vécue comme un combat contre la "pensée unique" et l'immobilisme des intellectuels. On a déjà plusieurs fois rongé son frein, sans jamais renoncer. Rappel des étapes.

Etape 1 : l'article 63 des lois Hortefeux prévoyant une meilleure traçabilité des Français sous prétexte de mesurer la diversité est recalé par le Conseil constitutionnel.

Etape 2 : le président envisage de changer la Constitution pour y inscrire le mot "diversité" afin de contourner la censure du Conseil constitutionnel. Il charge un comité de "sages" présidé par Simone Veil d'examiner cette possibilité. Les "sages" jugent la modification "inutile et dangereuse". Colère à l'Elysée. Le président doit se contenter d'un plan diversité ambitieux fondé sur le critère social. Mais ce sera son "unique concession à la pensée unique". Il maintient son intention d'adopter des "politiques de promotion de la diversité fondées sur une obligation de résultat".

Etape 3 : après avoir envisagé d'autres candidats, le commissaire à l'égalité et à la diversité s'appelle finalement Yazid Sabeg. Un chef d'entreprise pragmatique, surtout connu pour son combat en faveur de statistiques ethniques. Claude Guéant confirme être sur la même longueur d'onde : "Nous connaissons les intentions de Yazid : elles ne nous posent aucun problème."

Etape 4 : le commissaire est chargé de réunir une commission en vue de réfléchir aux "outils nécessaires à l'observation et à la connaissance de la diversité et des discriminations". Ses membres sont de fervents partisans des statistiques ethniques.

Etape 5 : des chercheurs travaillant depuis des années sur ces questions comme Gwenaëlle Calvès, professeur de droit public, prennent la tête d'une contre-commission, qui démontre en quoi les outils voulus par le gouvernement servent une vision racialiste de la société et non la lutte contre les discriminations. Les associations antiracistes comme la Licra et SOS-Racisme (qui a recueilli plus de 80 000 signatures contre les statistiques ethniques) montent au créneau.

Moralité (étape 6) : le rapport de Yazid Sabeg est maintenu mais sa partie sur les statistiques ethniques sera finalement dévoilée plus près de l'été... Le 15 août peut-être ?

Caroline Fourest

Genève: entre 600 et 700 personnes manifestent contre le racisme | LeMatin.ch

Entre 600 et 700 personnes ont défilé calmement contre le racisme et la xénophobie à Genève. La manifestation était organisée en lien avec la conférence de l'ONU contre le racisme qui débute lundi dans la cité de Calvin.

Lors d'un premier rassemblement qui a eu lieu à la Place Neuve, les organisateurs - parmi lesquels ACOR/SOS Racisme, la Ligue des musulmans de Suisse, les syndicats et les partis de la gauche genevoise - ont dénoncé les "dérives racistes et xénophobes qui se sont renforcées ces dernières années en Suisse aussi".

L'UDC a été particulièrement montrée du doigt: elle a été accusée d'alimenter la haine et la suspicion, par la multiplication d'images "de doigts crochus, de moutons noirs et de charognards" et d'expressions telles que "étrangers abuseurs", "faux réfugiés" et "dangereux musulmans".

Le Conseil fédéral, quant à lui, a été critiqué pour le durcissement des lois sur les étrangers et sur l'asile, tandis que la majorité du Parlement, en refusant d'invalider l'initiative anti-minarets, "ouvre la voie à une campagne émotionnelle qui va déchaîner un climat d'intolérance".

L'ancien rapporteur des Nations unies pour le racisme Doudou Diène a constaté pour sa part que "tous les racismes montent actuellement en flèche dans le monde entier", y compris l'antisémitisme, a relevé le Sénégalais.

Les participants au rassemblement ont ensuite formé un cortège qui a parcouru les Rues-Basses, où les sièges des grandes banques helvétiques étaient surveillés discrètement par les forces de l'ordre, puis traversé le pont du Mont-Blanc, pour se disperser en fin d'après-midi devant le Palais Wilson.

Parmi les manifestants figuraient d'importantes délégations des communautés tamoul, palestinienne ainsi que des organisations Dalits d'Asie du Sud, représentant les "intouchables" du sous-continent indien.

LaTribune.fr - Discriminations : rompre avec nos pratiques, pas avec nos principes


La question n'est pas tant de savoir s'il est possible de mesurer la diversité, mais surtout de déterminer s'il est possible d'impulser des politiques publiques justes sur une donnée aussi imprécise et volatile que le sentiment d'appartenance. Plutôt que les statistiques ethniques proposées par Yazid Sabeg, la meilleure réponse aux discriminations reste dans le principe d'égalité : stricte application du droit, CV anonyme, fin des emplois fermés, testing... Il s'agit non pas de rompre avec nos principes, mais avec nos pratiques, parfois trop complaisantes. Mesures de la diversité et discrimination positive sont une diversion permettant d'évacuer la question sociale, estiment Bariza Khiari et Samuel Thomas, respectivement sénatrice PS de Paris et vice-président de SOS Racisme.

L'offensive actuelle en faveur des statistiques ethniques figurait déjà dans les déclarations de campagne du candidat Sarkozy. La première salve fut sournoise : c'est par voie d'amendement au projet de loi relatif à l'immigration que la majorité parlementaire autorisa la CNIL à banaliser le recours aux statistiques ethniques. Saisi par l'opposition, le Conseil constitutionnel déclara le 15 novembre 2007 le dispositif contraire à la Constitution.

Qu'à cela ne tienne, le 8 janvier 2008, le président Sarkozy récidive en évoquant l'inscription, dans la Constitution, du principe de diversité. Le comité ad hoc, présidé par Simone Veil, conclut en décembre 2008 que cette mesure était inopportune. Qu'importe, Nicolas Sarkozy nomme Yazid Sabeg, partisan affiché des statistiques ethniques, commissaire à la diversité afin de mener à bien cette entreprise. Bel exemple d'un volontarisme politique qui nous demande d'oublier notre histoire et nos principes !

Exit donc ces mots du Préambule de 1946 ? "Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d'asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ou de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés". Troublante inversion des valeurs : pour être moderne, il faudrait revenir à la situation antérieure à la Libération et à la décolonisation.

On ne peut lutter contre les discriminations en reproduisant le schéma mental de ceux qui discriminent. Nous sommes fidèles à l'idéal d'égalité républicaine, non par conservatisme, mais parce qu'il reste le meilleur vecteur d'émancipation. Par ailleurs, la mesure proposée, fondée sur le sentiment d'appartenance à une communauté et sur l'auto-déclaration, est plus que contestable méthodologiquement. Certains se déclareront arabe, tandis que d'autres mettront en avant leur appartenance berbère, religieuse, ou nationale. Faudra-t-il autant de variables que de réponses données ?

La question n'est pas tant de savoir s'il est possible de mesurer la diversité : la question est surtout de déterminer si, à partir de ces mesures, il est possible d'impulser des politiques publiques justes. Une fois qu'on aura mesuré qu'il y a 10% des personnes qui se disent discriminées car noirs de peau, faudra-t-il leur réserver 10% des places en filières sélectives, sur les listes électorales... ; et de même pour les Arabes, Berbères, musulmans, etc. On ne peut bâtir des politiques publiques sur une donnée aussi imprécise et volatile que le sentiment d'appartenance.

Face à tous les tenants des politiques de quotas, de comptage ou d'assignation communautaire, nous répondons que la meilleure réponse aux discriminations reste dans le principe d'égalité : stricte application du droit, CV anonyme, fin des emplois fermés, testing, etc. Il s'agit non pas de rompre avec nos principes, mais avec nos pratiques, parfois trop complaisantes.

Les législations prohibant les discriminations et le fichage ethnique existent depuis plus de trente ans. Jusqu'à présent, peu de sanctions ont été prononcées, ou elles sont restées symboliques. Les républicains ne peuvent plus se retrancher derrière une prétendue impuissance. Un maire peut très bien retirer l'autorisation d'ouvrir à une discothèque épinglée pour discrimination. Les discriminations sont des actes de délinquance, il faut leur appliquer le même traitement qu'aux autres. Elles ne doivent pas relever d'une justice d'exception, mais bien du droit commun.

Le CV anonyme, adopté par le parlement en 2006, pourrait être l'un des outils de la justice sociale, mais le gouvernement peine à prendre les décrets nécessaires à son application. Or, il permettrait, au moins à l'étape de la sélection, de gommer les différences tant raciales que sociales, ne laissant la place qu'à des données objectives d'expérience et de formation. Notre tradition de méritocratie républicaine impose l'anonymat aux concours et aux examens écrits. Il serait à notre portée de l'étendre à la sphère de l'emploi.

Par ailleurs, le Sénat a adopté, à l'unanimité des groupes politiques, une proposition de loi socialiste visant à supprimer les "emplois fermés" dans le secteur libéral et privé. Aujourd'hui, un résident extracommunautaire ayant effectué l'intégralité de ses études de médecine, d'architecte, d'expert-comptable... en France n'a pas, en théorie, le droit d'exercer. Dans la législation actuelle, ce n'est donc pas la nationalité du diplôme qui prévaut, mais la seule nationalité du diplômé.

Ces restrictions sont historiquement connotées et moralement condamnables. Pire, elles encouragent par effet de système les discriminations illégales. Le Gouvernement dispose là d'un nouvel outil éminemment méritocratique pour faire preuve de sa détermination en matière de lutte contre les discriminations.

A contrario, le recours aux statistiques ethniques et raciales déliterait notre cohésion nationale en créant les conditions favorables à la concurrence communautaire, aux névroses identitaires, et à l'ethnicisation de la question sociale. Cette révolution statistique et son instrumentalisation certaine brouilleraient la représentation que la société a d'elle-même et ébranleraient à coup sûr les fondements de notre pacte républicain qui consacre la primauté de la citoyenneté sur l'identité. Mesures de la diversité et discrimination positive ne constituent rien d'autre qu'une politique de diversion permettant, à peu de frais, d'évacuer la question sociale.

Bariza Khiari et Samuel Thomas

Le Progrès de Lyon -  France-Monde: Pourquoi la promotion de la diversité n'avance pas en France


La diversité existe depuis longtemps dans le football, elle avance dans le show-biz, le cinéma mais pas dans les médias, l'entreprise, l'enseignement : le chantier du commissaire à la diversité Yazed Sabeg est immense

Hier, le ministère de l'Intérieur a été mis en cause dans une affaire de discrimination lors d'un concours de la police (lire ci-dessous). Ce matin, le haut-commissaire à la diversité Yazid Sabeg installera un observatoire pour renforcer la diversité dans les médias jugée « très insuffisante ». Deux preuves de plus que la France peine à intégrer de populations d'origines différentes, ce qu'on appelle la promotion de la diversité. La remise du rapport Sabeg sur la promotion de la diversité est sans cesse reportée depuis deux mois (a priori, c'est fixé au 7 mai). Il se heurte à plusieurs écueils.

On ne sait pas ce que représente la diversité

La polémique sur la mesure de la diversité a parasité et paralysé le travail de Yazid Sabeg. « Je n'ai jamais dit que la mesure de la diversité était l'alpha et l'omega de la lutte contre les discriminations. Elle est un outil de connaissance, elle vient compléter les mesures sociales et territoriales, fondées sur des critères objectifs » a indiqué le commissaire, confirmant que cette mesure occuperait environ « 5 pages sur les 100 que compte le rapport sur la promotion de la diversité mais qu'il n'est pas question de ficher les individus dans des catégories raciales ni de leur associer ensuite des quotas ». Faute de statistiques selon lui, des mesures positives seront difficiles à chiffrer et à établir.

La discrimination positive sujet tabou

C'est le deuxième point sensible du rapport. Certains défendent des mesures spécifiques pour favoriser les jeunes issus de la diversité dans les grandes écoles, l'administration, l'entreprise. Mais dans une France où l'égalité républicaine passe par le concours, et la réussite par le « réseau » de connaissances ou la bonne note scolaire, la discrimination positive se heurte à la Constitution, à l'organisation de l'école et des entreprises. Ces obstacles sont l'une des causes du report du rapport : Sabeg est missionné pour aller sur ce terrain en contournant les obstacles juridiques.

Une politique de la ville à revoir

Dans l'esprit de Yazid Sabeg, sur ce point d'accord avec les associations comme SOS racisme, la faute originelle, la raison majeure des discriminations, c'est la « cité », « le ghetto », la concentration dans les mêmes quartiers, les mêmes écoles de population d'origines immigrées. Le commissaire veut reprendre sous sa coupe la politique de la ville, revoir les découpages scolaires, créer une sorte de super budget de la diversité. Et confier tout cela à des gens « exemplaires et crédibles », comme lui-même ou Jamel Debbouze, issus des quartiers et de l'immigration. Commentaire de SOS racisme : « Des symboles pourquoi pas, mais il faut aussi des sous ». Et cela...

A Lyon, les classes préparatoires s'ouvrent aux élèves modestes

A Lyon, l'école normale supérieure de lettres et sciences humaines (ENS LSH) se mobilise pour inciter les lycéens des milieux modestes à tenter la classe préparatoire. Depuis trois ans, la grande école participe à un programme, auquel participent désormais d'autres établissements : l'ENS sciences, l'Insa, Lyon3, l'EM Lyon, l'école Vétérinaire, et l'ENTPE. L'action concerne désormais environ 400 élèves, dans cinq lycées du Rhône, tous situés dans des quartiers dits sensibles. Des étudiants bénévoles s'engagent dans du tutorat, des ateliers (français, mathématiques, théâtre) des sorties culturelles et des oraux blancs de français leur sont aussi proposés. «L'objectif est de donner aux élèves d'autres moyens que ceux dont ils disposent dans leur milieu social», explique Wafaa Fawzi, cheville ouvrière du dispositif à l'ENS lettres. Il s'agit surtout de convaincre ces lycéens qu'ils sont capables de s'orienter vers de longues études. «Ils disent souvent que ce n'est pas à leur portée. Il y a encore beaucoup d'autocensure», remarque Mme Fawzi.

La discrimination reste forte: environ 11 % d'élèves défavorisés sont inscrits en prépa dans l'académie. Mais les premiers résultats sont encourageants. À la dernière rentrée, une grosse centaine d'élèves issus de catégories sociales défavorisées a été admise contre une petite quarantaine l'année précédente.

Une fois intégrés, ils bénéficient d'un suivi (tuteur et stages).

Le Ministère de l'enseignement supérieur a retenu le programme lyonnais dans le cadre des «cordées de la réussite». Cette opération fixe la barre à 25 % de boursiers dans les classes préparatoires. A Lyon, en janvier, le préfet a réuni une soixantaine de proviseurs pour leur demander d'atteindre une moyenne de 30 %. «La machine est en route», assure Wafaa Fawzi. Tout en insistant sur le suivi. «Il faut pérenniser l'action et accompagner les étudiants jusqu'à leur insertion professionnelle».

M. F.


www.lalsace.fr : Information générale : Concours de Police: un cas de discrimination épinglé par le Conseil d'Etat

Un policier d'origine marocaine recalé au concours des officiers en 2007 a été victime de l'attitude discriminatoire du jury d'admission, a reconnu récemment le Conseil d'Etat, forçant le ministère de l'Intérieur à l'admettre à nouveau dans les rangs des candidats.
Le 10 avril, la plus haute juridiction administrative, saisie d'une plainte d'Abdeljalel El Haddioui, 42 ans, a annulé la délibération du 5 octobre 2007 du jury du concours interne d'officier de la police nationale qui l'excluait de la vingtaine de lauréats.
Ce fils d'un tirailleur marocain naturalisé français et devenu policier en 1998 à Paris comptait parmi les cinquante admissibles à l'oral sur 700 candidats au départ pour la formation d'officier. Mais il n'avait obtenu que la note éliminatoire de 4 sur 20 à l'entretien.
Lors de cette sorte de grand oral, le jury présidé par un préfet «lui a posé plusieurs questions sur son origine et ses pratiques confessionnelles», une attitude «révélant une méconnaissance du principe d'égal accès aux emplois publics», a estimé le Conseil d'Etat.
Dans un entretien avec l'AFP en décembre 2007, M. El Haddioui avait cité quelques-unes des questions qu'il jugeait déplacées : «Faites-vous le ramadan?»; «Votre femme est-elle maghrébine?»; «Porte-t-elle le voile?».
Les organisateurs du concours ont toujours contesté ces questions mais le Conseil d'Etat a estimé n'avoir pas eu la preuve qu'elles n'avaient pas été posées.
«Le candidat apportait des éléments précis que l'administration ne contestait pas sérieusement», a précisé jeudi le Conseil d'Etat.
Il a reproché une violation de la loi du 13 juillet 1983 disposant qu'«aucune distinction ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales ou religieuses, de leur origine (...) de leur appartenance à une ethnie ou une race».
En 1988, le Conseil d'Etat avait annulé un concours réservé aux assistants de direction des hôpitaux car le dossier d'un candidat mentionnait ses opinions politiques et syndicales et qu'un jury y avait fait allusion.
La ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a assuré que ses services allaient «bien entendu tenir compte de la décision du Conseil d'Etat».
«Cet arrêt ne remet pas en cause la validation du concours pour les candidats ayant été admis. Il ouvre droit à une présentation supplémentaire pour M. El Haddioui», a souligné le ministère.
Outre une procédure devant la justice administrative soutenue par le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) le policier avait saisi la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) qui avait dénoncé en 2008 «une atteinte au principe de neutralité» dans le recrutement des fonctionnaires.
Cela avait donné lieu à des «instructions» que Mme Alliot-Marie a assuré jeudi avoir «renouvelées» pour l'organisation des concours.
Le CFCM (Conseil français du culte musulman), dans un communiqué, «note avec inquiétude que cette affaire n'est pas un cas isolé et souhaite que les suites qui lui seront données soient suffisamment dissuasives pour que de tels comportements ne se reproduisent plus».
SOS Racisme a «regretté» que la ministre «s'entête à évoquer un cas isolé», estimant que les oraux posaient souvent «un réel problème».
Près de 10 % des 120.000 fonctionnaires de la police nationale ont actuellement le statut d'officier, obtenu après dix-huit mois de formation à l'Ecole nationale supérieure des officiers de police en Seine-et-Marne.