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vendredi 30 janvier 2009

25 ans de réclusion pour le meurtrier de Chaïb Zehaf

La cour d'assises du Rhône a condamné vendredi Jean-Marie Garcia à 25 années de réclusion criminelle pour le meurtre, en mars 2006, de Chaïb Zehaf, sans qualifier ce crime de raciste.

Les jurés ont suivi les réquisitions de l'avocat général, qui avait réclamé jeudi au moins 25 ans de réclusion criminelle, estimant que la victime avait été 'abattue' sans raison, mais qu'aucune preuve ne permettait de qualifier ce crime de raciste.

M. Garcia, qui n'a pas réagi à l'énoncé du verdict, a en outre été condamné à dix ans de suivi socio-judiciaire après sa sortie de prison. A l'ouverture de l'audience, il avait déclaré 'regretter sincèrement' son geste. 'Si, jusqu'à présent, je n'ai pas demandé pardon, c'est parce que je me sens trop indigne, je me sens comme une merde', avait-il dit.

L'accusé encourait la réclusion criminelle à perpétuité, les jurés ayant retenu comme circonstance aggravante le fait que le meurtre avait été suivi d'une tentative de meurtre sur le beau-frère de la victime. En revanche, à la question de savoir si ce meurtre pouvait être considéré comme raciste, ils ont répondu non. "J'ose espérer que la cour aura permis d'atténuer la douleur", a expliqué le président de la cour, Georges Cathelin, évoquant le débat "autour de la question du racisme" ouvert à l'occasion de ce procès.
Des témoins tels que le philosophe-essayiste Bernard-Henri Lévy ou le président de SOS-Racisme Dominique Sopo, y avaient été cités par les parties civiles. De fait, les avocats de la défense comme des parties civiles, de même que Loïc Rigaud, responsable départemental de SOS-Racisme, ont tous salué la tenue des débats.

Le 4 mars 2006, devant une brasserie d'Oullins, dans la banlieue de Lyon, où ils avaient passé la soirée, Jean-Marie Garcia avait tiré à trois reprises sur Chaïb Zehaf, dont une fois "à bout touchant appuyé" sur le sommet du crâne. - LYON (AFP)

Procès d'Oullins : Garcia écope de 25 ans de réclusion

Exceptionnellement, le président de la cour d'assises a pris le temps d'expliquer une décision, que les jurés n'ont pas à motivé. Les siens ont condamné Jean-Marie Garcia a vingt-cinq ans de prison pour le meurtre de Chaïb Zéhaf, mais n'ont pas retenu la circonstance aggravante du racisme. "Le racisme est une chose trop grave", a indiqué Heorges Cathelin, pour être retenu avec des preuves insuffisantes. La salle a écouté en silence. Jean-Marie Garcia aussi. Un peu plus tôt, il avait exprimé ses profonds regrets à la famille, expliquant qu'il se sentait "trop indigne" pour leurs parler directement, ou seulement les regarder. Ce procès très pédagogique aura montré un homme assez vrai devant ses juges, mais tout en violence contenue...

Au premier jour d'audience, pour évoquer Jean-Marie Garcia, son ex-compagne parlait d'un homme « gentil », « bosseur », « fort », « intelligent », lorsqu'il était sobre. Seulement il ne l'était pas souvent. Alcoolique depuis l'adolescence, il n'avait pas le droit de rentrer chez eux lorsqu'il était saoûl. Alors il dormait souvent dans la voiture, devant la maison. Elle ajoute que lorsqu'il avait bu, plus rien ne semblait compter. Et le procès qui s'est tenu toute la semaine devant la cour d'assise du Rhône a montré comment une enfance en souffrance (lire) puis l'alcool avait transformé cet homme en loque, puis en tueur.

Depuis le crime, la prison a sevré Jean-Marie Garcia. Il confie qu'il souffre, qu'il porte le fardeau de son meurtre. Au procès, il est resté le plus souvent dans l'abattement, la repentance. Plié en deux sur son banc, ou répondant dans souffle, un murmure, lorsque le président l'interrogeait sur son enfance. Il chuchotait presque, mettait du temps à répondre aux questions les plus simples. Mais si un avocat ou un magistrat le contrariait, l'accusé incapable de supporter l'autorité se braquait, se faisait frondeur, ironique, parfois drôle. Alors qu'un avocat venait de lire un témoignage défavorable, il a répondu lundi dans une moue méprisante : « Les faits sont bien exposés, maître. C'est magnifique ! » Puis comme un autre lui demandait le sens d'une réponse : « Comprenez comme vous voulez, Monsieur ». Cela pouvait sembler de l'arrogance, de la toute puissance. Mais Garcia retournait ensuite à son abattement, plié en deux sur son banc.

Semblant l'avoir saisi d'emblée, le président Cathelin lui parlait doucement, ne le braquait jamais. Le procureur général, lundi Jean-Olivier Viout, a tenté en revanche, dans les premiers jours de le pousser dans ses retranchement. Le magistrat voulait savoir d'où venait le véritable arsenal retrouvé chez lui. « Je n'ai pas l'instention de vous répondre », a-t-il dit. Puis comme le procureur insinuait que malgré ses 2,10 grammes au moment du meurtre, Garcia restait maître de ses actes, ce dernier a répliqué, menton relevé : « Monsieur le procureur, je vous invite à monter à 2,10 grammes ce soir. Vous verrez bien si vous n'êtes pas dans un état de confusion ». Le président, pince sans rire, a désamorcé l'accusé : « Monsieur Garcia, ne donnez pas de tels conseils à Monsieur le procureur général ».

Garcia est intelligent. Il a saisi les enjeux du procès, n'a refusé que la thèse du racisme, admettant tout le reste. Il a parlé de l'alcool, sa « béquille », son « Prosac ». Des armes, sa passion. L'audience a semblé révèler un homme qui investissait un rôle lorsqu'il sortait avec ses armes. Pour tirer sur ses victimes, le 4 mars 2006, il tordait son poignet, braquant son pistolet à la façon de Quentin Tarentino. Un geste que l'on retrouve de plus en plus souvent dans les reconstitutions, selon un expert.

Au fil des audiences, Jean-Marie Garcia disparaissait dans son box. Il ne s'est durablement relevé que mercredi, pour écouter le témoignage de Bernard-Henri Lévy, les yeux fixes et le front plissé. Puis après le départ du témoin, a dit qu'il s'était senti écrasé comme un insecte. Comme une façon inconsciente de répondre à l'écrivain qui avait beaucoup insisté sur un propos de Jean-Marie Garcia comparant devant un expert ses victimes à des "scorpions". L'animalisation de l'autre est toujours un signe de racisme, estimait Bernard-Henri Lévy.

Le procès a battu en brèche l'hypothèse d'un Garcia consciemment raciste, tout en laissant déffinitivement sans réponse la thèse improuvable d'un racisme inconscient, d'une détente appuyée de tout le poids des représentations. Les audiences auront en revanche révélé toute la violence potentielle de Garcia. Dès le premier jour, le procureur général a lu à l'audience une lettre envoyée par Garcia au plus jeune de ses fils, pour lui dire qu'il était au courant que « maman a un nouveau mec », que chaque jour des « potes » à lui sortaient de prison, que leurs poings pourraient remplacer les siens. Que s'il n'était pas « gentil », le compagnon finirait « dans un coffre de voiture ». La lettre contenait aussi des insultes à son ex-femme. Le magistrat ne les a pas lues à l'audience.

La description du meurtre a ensuite permis de préciser ce que l'instruction avait négligé : l'ordre de tir, et surtout le fait que le dernier, à bout touchant, ressemblait à une véritable exécution. Il explique en partie la lourdeur de la peine. Garcia a achevé sa victime alors qu'elle se trouvait au sol. Une « exécution », murmurait un magistrat. Elle explique en partie la durée de la peine, réservée d'ordinaire aux assassins plus qu'aux meurtriers.

OLIVIER BERTRAND - Libélyon

Lire aussi :

Nouvel Obs : Affaire Chaïb Zéhaf: 25 ans de réclusion pour le meurtrier

Brignais : prison avec sursis pour une agression sur fond de racisme

Ils étaient huit, dont trois mineurs. Et ils étaient alcoolisés en cette soirée du 22 février 2008. Au point de tous s'entasser dans un 4x4 et d'aller, alors que minuit venait de sonner, à Brignais pour aller chasser « la racaille ». Sauf que ce soir-là, les huit victimes qui ont fait les frais de l'expédition étaient tous d'origine maghrébine.

Et là, forcément, cela devient beaucoup plus délicat.

Agés entre 19 et 25 ans, Sylvain S, Jeff G, Guillaume C, Vincent S. et Anthony D. sont originaires de Brindas, Thurins et Messimy. Le 22 février, ils se rendent au quartier des Bérouses et abordent trois jeunes dans une voiture. L'un est aspergé de bombe lacrymo mais les trois victimes parviennent à prendre la fuite. Quelques instants plus tard, cinq jeunes sont cette fois pris à partie. Peu de coups, mais une grosse frayeur : l'un des assaillants est encagoulé, un autre muni d'une mini batte de base-ball, un troisième d'un couteau. Alertés, les gendarmes sont vite sur place et interpellent les huit agresseurs.

Hier, les cinq majeurs étaient devant le tribunal, poursuivis pour cette agression aggravée par la préméditation et le fait qu'elle ait été commise en réunion. Mais le parquet n'a pas retenu le mobile raciste qui a pourtant constamment plané sur les débats. Chez l'un des prévenus, les gendarmes ont en effet retrouvé des preuves d'une certaine fascination pour le nazisme. Un autre s'est déclaré ethno-différentialiste durant sa garde à vue. Un troisième a déclaré que l'Europe devait rester aux Européens. Malgré tout, on s'en tient à ce terme de « racaille » et le président Schir est bien curieux de savoir ce qu'il englobe. Face à cette question, les intéressés n'en mènent pas large. « Je ne trouve pas les mots justes », réagit le premier. « C'est ceux qui brûlent des voitures, qui taguent ou qui fument du cannabis. C'est pas forcément les Maghrébins », lance un de ses camarades.

Des réponses évasives qui agacent le procureur de la République Mme Jouffrey. Cette dernière trouve que le quintet « nie avec peu de hardiesse des concepts qui lui échappent totalement ». Beaucoup plus dure sera la partie civile par la voix de Me Botella : « C'était une ratonnade. Ils ont des engagements clairs, mais ne les assument que jusqu'à un certain stade ».

Lire la suite sur : Le Progrès

jeudi 29 janvier 2009

Meurtre d'Oullins : 25 ans de prison requis contre Jean-Marie Garcia

Devant une salle d'audience pleine à craquer, l'avocat général Jean-Olivier Viout a requis cet après-midi 25 ans de réclusion criminelle à l'encontre de Jean-Marie Garcia, jugé depuis lundi devant la cour d'assises du Rhône pour avoir tué Chaïb Zehaf.

Une peine "plancher". Un "minimum décent", selon le procureur de la Justice, en deça duquel il lui semblerait difficile de descendre. Si Jean-Olivier Viout a requis une condamnation relativement lourde à l'encontre de Jean-Marie Garcia, il a aussi demandé aux jurés de ne pas répondre oui à la question du crime raciste. S'expliquant longuement là-dessus dans un réquisitoire qui aura duré de plus de deux heures cet après-midi.

Si le crime n'est pas raciste, "il est pire encore"
Jean-Marie Garcia est-il un type raciste? Sur la série de témoins ayant assisté, à une distance plus ou moins proche, à la scène de la mise à mort par balles de Chaïb Zehaf, ce soir de mars 2006, une seule et unique personne a certifié, sur le tard, avoir entendu des injures raciales. L'accusé n'était toutefois d'aucun groupuscule, d'aucune mouvance raciste, a spécifié Jean-Olivier Viout. "Si Jean-Marie Garcia avait été raciste, ça se serait su dans Oullins!" a-t-il par ailleurs ajouté, avec l'approbation sonore de plusieurs personnes présentes dans la salle. Le procureur s'est ainsi tourné dans leur direction, bien plus que dans celle des jurés pour articuler sa position sur la question : "la vérité de la mort d'un maghrébin n'est pas moins importante que celle d'un habitant du 6è ou du 2è arrondissement, il n'y a pas de couleur de peau dans cette cour d'assises". Et, le procès arrivant à son terme, la question du racisme de l'accusé n'a en réalité jamais été centrale dans les débats, jusqu'à ce que Bernard-Henri Lévy, le médiatique philosophe cité en tant que "grand témoin", n'intervienne à la barre.

Tacle à BHL
Le procureur a donc recadré avec une grande diplomatie les propos tenus par BHL, qui considérait hier à la barre que ne pas poser la question du racisme pouvait être "un déni de justice". "Il faut faire attention", a temporisé Jean-Olivier Viout, pour qui le motif raciste ne doit pas devenir "un motif-refuge". "Nous ne l'avons pas retenu, non pas parce que nous aurions l'épiderme peu sensible en matière de racisme", a assuré Jean-Olivier Viout. "Il n'y a pas dans cette cour de frilosité vis-à-vis de cela, bien au contraire", a-t-il ajouté en rappelant plusieurs de ses réquisitions passées et particulièrement sévères, pour des crimes de ce type.
Alors pourquoi Jean-Marie Garcia a-t-il tiré sur Chaïb Zehaf alors que ce dernier était déjà tombé à terre? Pourquoi l'a-t-il "achevé" sans possibilité de survie, et tenté de s'en prendre également à son cousin? Garcia possédait chez lui un arsenal d'armes impressionnant et, avant d'abattre Chaïb Zehaf, avait fièrement exposée son revolver, dans le bar où était diffusé le match de foot que la victime était venue voir. "S'il n'est pas raciste, le crime est pire encore", a lancé l'avocat général, décrivant une scène de meurtre très froide, "glauque", et estimant que Jean-Marie Garcia, dangereux, n'avait aucun égard pour autrui et pour la vie humaine. Il a donc demandé aux jurés de prononcer au minimum une peine de 25 ans de réclusion, et dix ans de suivi socio-judiciaire à sa sortie de prison. Jean-Olivier Viout s'est enfin directement adressé à Garcia, le conjurant "d'assumer la peine", et s'engageant auprès de lui à ce que les ponts ne soient pas coupés, durant son séjour en prison, avec ses trois enfants. Verdict demain

Auteur : Dalya Daoud - Lyon Cap

Nouvel Obs : Affaire Chaïb Zéhas: 25 minimum requis contre le meurtrier

Le Progrès : http://www.leprogres.fr/infosdujour/rhone/1068043.html

20 minutes : Un crime « Pire encore que le racisme »

Procès du meurtrier de Chaib Zehaf : Compte rendu de la 3ème journée

Procès d'Oullins : la cour se pose la question du racisme

La cour d'assises du Rhône se posera finalement la question du mobile racisme, dans le meurtre commis à Oullins le 4 mars 2006 à Oullins. Jean-Marie Garcia (41 ans) avait exécuté Chaïb Zéhaf, 40 ans, à la sortie d'un bar. Le mobile n'a jamais été clair, mais l'instruction avait écarté la piste du racisme. Pour que la question trouve une réponse, Jean-Olivier Viout, procureur général de Lyon, a demandé hier à la cour d'ajouter à ses délibération la question spéciale du mobile raciste. « Il faut, confiait-il dès hier matin, que cette question soit purgée. La famille, le quartier, ne peuvent repartir avec le sentiment que la Justice a écarté la question. » Le président, Georges Cathelin, a décidé que la question serait effectivement posée aux jurés. Elle rôdait depuis lundi à longueur d'audiences...

Les trois premiers jours de débats ont sans doute écarté l'hypothèse d'un racisme conscient, assumé, idéologique. La plupart des charges se sont effondrées, laissant la cour face à une thèse plus complexe, celle d'un racisme refoulé (Libération de lundi). Deux témoins qui rapportaient des propos racistes attribués au meurtrier ont été malmenés à la barre. Le premier a exaspéré les magistrats en disant par exemple que si « les flics » n'avaient pas entendu, le 4 mars 2006, ces insultes, c'est qu'ils avaient « les oreilles bouchées ». L'autre témoin, plus respectueux mais impressionné, a répété ce qu'il dit avoir entendu : « Sale Arabe, sale race de merde ». Les avocats des parties civiles semblaient cependant elles-mêmes ébranlés par la faiblesse des témoignages.

Yves Sauvayre, défenseur de plusieurs proches de la Chaïb Zéhaf, se dit convaincu que le mobile est raciste, mais les preuves manquantes. Selon lui, l'auteur n'aurait pas tiré s'il ne s'était pas trouvé en face d'un homme d'origine maghrébine. Une thèse que soutiennent les autres avocats, et que Dominique Sopo, président de SOS Racisme, a complété ainsi : « Nous restons confrontés à l'absence d'alibi. Monsieur Garcia dit qu'il a tiré parce qu'il a eu peur. Mais pourquoi a-t-il peur en voyant deux personnes approcher ? Est-ce qu'on n'est pas confronté ici à tout le poids des préjugés qui font que l'on a peur en voyant approcher des hommes d'origine maghrébine? »

A un psychiatre qui avait rencontré Jean-Marie Garcia durant l'instruction, les avocats ont demandé son avis sur cette hypothèse d'un racisme refoulé. « Peut-être, a-t-il répondu dans un sourire, que nous refoulons tous des sentiments racistes. L'important, c'est que nous les refoulions. » Puis il a ajouté, plus grave: « Peut-être aussi que la violence s'exerce plus facilement sur des personnes différentes ».

Jean-Marie Garcia affirme qu'il a toujours vécu entouré de personnes de toutes origines. « Il est prêt à prendre vingt ans, pas à assumer qu'on le traite de raciste », dit Hervé Bambanaste, l'un de ses avocats, tandis que le second, Frédéric Lalliard, ajoute qu'il « porte comme un fardeau cette accusation de racisme ». Jean-Marie Garcia l'a répété plusieurs fois : « Je suis coupable d'homicide, oui. Mais pas de racisme, ni d'injures racistes. C'est impossible et tout le monde le sait. Tout le monde le sait ! ».

Bernard-Henri Lévy (actionnaire de Libération), cité à témoigner, a replacé tout cela, hier, dans une perspective générale. Trop au goût des avocats de la défense. « Est-ce qu'un crime peut-être qualifié de raciste lorsque son auteur n'appartient pas à une organisation casquée et que son geste est commis dans la dénégation du racisme ? », s'est-il demandé. Avant de répondre par l'affirmative, ajoutant que d'emblée, il avait eu le sentiment que « cet homme n'aurait pas tué » si sa victime « ne s'était pas appelé Monsieur Zéhaf, s'il n'avait pas ces origines-là ». Alors, coupable, forcément coupable, Jean-Marie Garcia ? Bernard-Henri Lévy répond que pour la société française, il importe en tout cas que la question soit posée, et que les jurés y répondent. C'est ce qu'a décidé la cour, qui se posera également, à la demande du procureur général, une autre question supplémentaire. Celle de la « concomitance » du meurtre et de la tentative de meurtre commise sur le cousin de Chaïb Zéhaf. Une subtilités juridique qui a pour Jean-Marie Garcia cette conséquence immédiate qu'il ne risque plus trente ans de prison, mais la perpétuité. Le verdict est attendu vendredi. Olivier BERTRAND pour Libélyon

Le racisme plane sur le procès Garcia
Cette question sera finalement examinée par les jurés de la cour d’assises du Rhône.

Crime raciste ou non ? Cette question sera finalement examinée par les jurés de la cour d’assises du Rhône qui jugent Jean-Marie Garcia. Une demande du parquet général après l’audition hier du très médiatique Bernard-Henri Lévy.

Le 30 mars 2006, quelques jours après le meurtre de Chaïb Zehaf, BHL écrit un article dans Le Point où il fait le rapprochement avec le rapt et la mort d’Ilan Halimi. Pour le philosophe, “ne pas poser la question du racisme serait un déni de justice”. “Comment se fait-il que Jean-Marie Garcia ait tiré sur Chaïb Zehaf mais pas sur les policiers, ni sur un autre client du bar ?” constate Bernard-Henri Lévy. Un seul témoin affirme avoir entendu des insultes racistes et aucune preuve attestant du racisme de Jean-Marie Garcia n’a été retenue mais, pour le philosophe, “le déni est le propre du crime raciste car il est rare qu’un raciste s’avoue raciste”.

“Emballement médiatique”

Une théorie qui irrite la défense. Maître Hervé Ban­banaste critique “un intellectuel qui ne connaît pas le dossier”. “La lutte antiraciste a besoin de certitudes. Je crains que l’emballement médiatique ne conduise à une condamnation sans preuve” commente-t-il. Le verdict est attendu demain. Metro France

BHL cité comme témoin aux assises pour le meurtre de Chaïb Zehaf
L'écrivain Bernard-Henri Lévy (BHL), cité mercredi comme témoin par les avocats de la famille de Chaïb Zehaf, dont le meurtrier présumé est jugé cette semaine par la cour d'assises du Rhône, a estimé que "ne pas poser la question" du mobile raciste serait "un déni de justice".

"Ce que je sais, ce que je crois, c'est que pour les proches, pour le quartier d'où venait Chaïb Zehaf, pour la société française, il est très important que la question soit posée. Si elle ne l'était pas, ce serait un déni de justice", a expliqué M. Lévy à la barre.

Le 4 mars 2006, devant une brasserie d'Oullins, dans la banlieue de Lyon, où ils avaient tous passé la soirée, Jean-Marie Garcia avait tiré à trois reprises sur Chaïb Zehaf, dont une fois "à bout touchant appuyé" sur le sommet du crâne, selon les experts.

Me Frédéric Lalliard, l'un des deux avocats de la défense, a d'ailleurs précisé quelques minutes plus tard au témoin qu'il ne s'opposait pas à ce que la question soit posée au cours du délibéré.

Abordant l'absence d'éléments permettant de prouver que l'accusé, Jean-Marie Garcia, est raciste, le philosophe a estimé que la question du racisme "doit être déconnectée de la question de la preuve, car il est rare que le raciste dise +oui, j'ai fait ça par racisme+".

"Qu'est ce qui fait que dans un bar, où l'assistance est mélangée, il tire dans le plafond, que, quand des policiers en civil l'interpellent, il ne tire pas, mais que quand il a le visage de Chaïb Zehaf en face de lui, il tire, il tire encore, avec acharnement ?", s'est-il encore interrogé.

Evoquant, à la demande des avocats de la partie civile, des propos tenus par M. Garcia lors des expertises psychiatriques sur les victimes, les qualifiant de "racailles, de scorpions", Bernard-Henry Lévy a estimé que ces termes constituaient "une verbalisation" du racisme de l'accusé : "ils appartiennent au lexique du racisme, celui de la zoologie et de la stigmatisation".

Dominique Sopo, président de SOS Racisme, également cité par les parties civiles, lui a succédé à la barre.

"Il reste un angle mort dans cette affaire, c'est celle du mobile", a-t-il souligné. "M. Garcia évoque sa peur face aux deux victimes, mais il faudra qu'il explique comment on peut avoir peur d'un homme à terre et d'un qui prend la fuite", a-t-il ajouté.

Selon les témoins et les experts, l'accusé a tiré au moins à une reprise sur Chaïb Zehaf alors que celui-ci était allongé, et son cousin a été atteint par une balle venant de derrière.

La justice a retenu la thèse d'une querelle ayant dégénéré dans un contexte de fin de beuverie, l'accusé affichant 2,39 grammes par litre de sang peu après les faits, et la victime 2,1g, même si aucun motif de querelle n'a été mis en évidence. Réquisitions et plaidoiries sont attendues jeudi.

AFP

Pour en savoir plus :

Lyon Mag : Procès Chaïb Zehaf : écarter la thèse du racisme serait "un déni de justice" pour BHL
- Procès de Jean-Marie Garcia : BHL enflamme les débats
20 minutes : Leçon sur le racisme, par BHL
Lyon Cap : BHL : "Ne pas poser la question du racisme serait un déni de justice"

Procès du meurtrier de Chaib Zehaf : Compte rendu de la 2ème journée

Seconde journée d'audience devant la cour d'assises du Rhône, durant laquelle Jean-Marie Garcia est resté prostré. Jugé pour avoir tué de trois balles Chaïb Zehaf à Oullins en 2006, le meurtrier présumé n'est intervenu ce matin que pour donner des éléments techniques sur l'arsenal d'armes qu'il possédait chez lui, aujourd'hui placés sous scellés, et exposés dans la salle d'audience.

Un geste "inventé par Tarantino"
Le défilé des experts ce matin a permis de se rapprocher au plus près de la mise à mort de Chaïb Zehaf, qui a eu le malheur de regarder ce soir de mars 2006 un match de foot dans le même bar que Jean-Marie Garcia. Jean Rochefort, expert en balistique, et Hervé Fabrizi, médecin légiste, se sont donnés beaucoup de peine ce matin pour retracer les faits, mimant avec conviction l'hypothétique rixe entre l'accusé et sa victime. Ce soir de mars 2006, après avoir roulé des mécaniques dans le bar en posant sur le comptoir son semi-automatique chromé, Jean-Marie Garcia aurait finalement décidé de s'en prendre à Chaïb Zehaf. Trois balles ont été tirées dans sa direction, dont deux au niveau du coeur. Et un troisième coup, fatal, a été porté à bout touchant, le canon pressé contre le sommet du crâne de Zehaf.

Lors de la reconstitution, Jean-Marie Garcia a lui-même montré son geste, pointant son arme au bout d'un bras tendu, avec la paume de la main serrant la crosse et légèrement tournée. "C'est un geste de film", a déclaré Hervé Fabrizi. "Inventé par Tarantino", a ajouté Jean Rochefort. "Est-ce qu'on peut dire que cela a été le coup de grâce?" a demandé François Saint-Pierre, l'un des avocats de la partie civile, sans trouver de réponse définitive. Mais si la chronologie des trois tirs n'est pas réalisable, d'après l'ensemble des experts, il est certain que cette balle dans la tête ne pouvait laisser aucune chance de survie à la victime.

Un arsenal de "braqueur"
Un fusil à pompe, un semi-automatique, un poignard pouvant se greffer sur une baillonnette et portant la gravure de l'aigle et de la croix-gammée nazis, deux carabines de chasse, un pistolet-mitrailleur... L'arsenal retrouvé chez Garcia et présenté dans la salle d'audience depuis hier est impressionnant. Sans compter le système d'explosifs et la machine appelée "presse" (servant à recharger des balles), non exposés. Sur leur provenance, l'accusé qui se présente comme un "passionné d'armes" ne lâche rien. "Sauf votre respect, je ne veux pas m'exprimer là-dessus", répond-il face aux questions de l'avocat général. Pourtant, la découverte d'explosifs et surtout d'une cagoule, avec trois trous pour les yeux et la bouche, ont fait planer le doute sur des activités illicites. "C'est habituellement une cagoule porté par les braqueurs !" estime Jean-Olivier Viout. D'autant que les armes ont été, pour la plupart, acheminées par des voies illégales.

Un crime raciste?
Le sceau nazi -un aigle avec une croix-gammée- figurant sur l'étui du poignard de Garcia ne semble être pour lui qu'un élément anecdotique, voire un signe décoratif sans intérêt. A l'issue des débats et juste avant les délibérations, il sera possible pour l'avocat général de poser une question, qui permettrait de requalifier le meurtre en crime raciste. Là-dessus, "je n'ai pas encore pris ma décision, a confié ce matin Jean-Olivier Viout, en tout cas, cette question devra de toutes façons être débattue demain (mercredi, NDLR)."

Jean-Marie Garcia était sous l'emprise de l'alcool, au moment où il s'est mis à vouloir faire une démonstration de force avec son revolver, avant de tuer Zehaf sans possibilité de lui laisser une chance de survie. On a relevé chez lui un peu plus de 2,30 grammes d'alcool par litre de sang. "Est-ce que c'est un taux extraordinaire?" a demande Jean-Olivier Viout. "Eh bien il arrive souvent d'avoir des conducteurs avec ce taux-là", a répondu avec prudence l'experte biologiste qui est intervenue la première ce matin à la barre. Un taux pas vraiment exceptionnel, donc. Et peu d'excuses, par conséquent, pour Jean-Marie Garcia qui a vu peu à peu l'étau de la justice, manié ce matin par les expertises scientifiques, se refermer sur lui. Demain, Bernard-Henri Lévy viendra à la barre en tant que "grand témoin", les associations anti-racistes n'ayant pu se constituer parties civiles. [...]

Lyon Capitale : Garcia : un "braqueur" à la Tarantino?

Pour en savoir plus :

Lyon Mag : Procès de Jean-Marie Garcia : un seul témoin confirme le mobile raciste
20 minutes : Un témoin à charge du crime raciste

Interview de la famille de Chaib Zehaf

[...] Ce qui s’est passé en mars 2006 ? Famille Zehaf : Un soir, en sortant d’un bar à Oullins, notre frère, Chaïb, s’est fait tuer de trois balles en pleine rue. Alors qu’il ne connaissait même pas son agresseur, Jean-Marie Garcia. C’est pour ça qu’on est persuadé qu’il s’agit d’un crime raciste.

Pourquoi vous êtes convaincus qu’il s’agit forcément d’un acte raciste ?
Car plusieurs témoins affirment avoir entendus Jean-Marie Garcia tenir des propos racistes avant de tuer notre frère. En plus, Garcia a tué Chaïb à bout touchant, c’est-à-dire en lui posant son arme sur le corps. Bref, c’est un crime ignoble et on est sûr que c’était un moyen pour Garcia de décharger toute sa haine envers les arabes.
Jean-Marie Garcia a déjà eu des problèmes avec des étrangers ?
Tous ces proches disent qu’il n’était pas raciste car il avait des copains arabes. Mais c’est un peu léger comme argument. Surtout que les enquêteurs ont retrouvé chez lui une arme avec une croix gammée. Mais Garcia a aussi déclaré qu’il avait rajouté lui-même cette insigne sur l’arme pour la revendre plus chère à des collectionneurs. Même son avocat, Me Frédéric Lalliard, estime que c’est du racisme ordinaire. D’ailleurs il a déclaré que Garcia était raciste comme 50% des Français !
Alors pourquoi le mobile raciste n’a pas été retenu ?
D’abord parce que Garcia ne fait partie d’aucun groupuscule. Ensuite, on est persuadé que le procureur de la République a immédiatement affirmé qu’il ne s’agissait pas d’un crime raciste pour éviter de provoquer des émeutes. Car les politiques croient que dès qu’un étranger est tué, toute la communauté descend dans la rue pour manifester et brûler des voitures ou des poubelles. Bref, pour nous c’est une décision politique inacceptable.
Ça va changer quoi si le mobile raciste est retenu ?
Au niveau pénal, si la justice estime que c’est un crime raciste, Garcia risque la prison à perpétuité au lieu d’une peine maximum de 30 ans. Mais ce qu’on veut surtout, c’est mobiliser l’opinion publique. C’est aussi pour ça qu’on va faire venir le philosophe Bernard-Henri Levy au procès pour qu’il explique aux jurés les conséquences de tels actes pour la société.
C’est aussi une façon pour vous de médiatiser le procès ?
Pas du tout. On n’a pas besoin de BHL pour faire parler de ce procès. D’ailleurs, si on lui a demandé de venir, c’est parce qu’il avait écrit un édito dans Le Point pour soutenir notre famille juste après le crime.
Ce que vous attendez de ce procès ?
Même si les enquêteurs n’ont pas retenu le mobile raciste contre Jean-Marie Garcia, on souhaite que le cour se pose une question toute simple : pourquoi Garcia a tiré à bout portant sur deux maghrébins alors qu’il y avait plein d’autres personnes dans la rue ce soir là ? Bref, on veut que les jurés se demandent si le choix de la victime était volontaire ou pas.
Lyon Mag : Procès de Jean-Maria Garcia : “Mobiliser l’opinion publique”

Procès du meurtrier de Chaib Zehaf : Compte rendu de la 1ère journée

Enregistrement radio sur RTL :
L'accusé a évoqué ses problèmes d'alcool, à l'origine de son crime
Pour les proches de la victime, le crime raciste ne fait auncun doute

Oullins : la question du racisme s'invite aux assises
A ’époque, le meurtre avait soulevé une très vive émotion. Pourquoi Jean-Marie Garcia avait-il tué Chaïb Zehaf, le 4 mars 2006, à Oullins, dans la banlieue sud de Lyon ? Les deux hommes sortaient d’un bar, ils avaient beaucoup bu. Garcia (39 ans à l’époque) avait tué au pistolet automatique un Algérien de 40 ans, père de trois enfants. Le crime survenait juste après la mort d’Ilan Halimi, torturé à mort par des ravisseurs qui espéraient une rançon, pensant que le garçon ne pouvait être que riche, puisque juif. Et la question du racisme s’était immédiatement posée. Dès le lendemain des faits, c’est d’ailleurs l’une des premières questions que les policiers avaient posé à l’auteur, qui reconnaissait le meurtre, pas le racisme...
La cour d’assises du Rhône le juge à partir d’aujourd’hui, et va tenter d’éclaircir le mobile. Jean-Marie Garcia affirme qu’il a pris peur, qu’il se sentait menacé. Les proches de Chaïb Zehaf pensent qu’il s’agit d’un crime raciste et veulent que la question soit clairement évoquée au procès, qui durera toute la semaine. Pour cela, la famille a fait citer le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, et le philosophe Bernard-Henri Lévy (actionnaire de Libération). A l’époque, ce dernier faisait, dans ses Carnets du Point, le lien entre la mort de Zehaf et celle d’Ilan Halimi, un mois plus tôt. «Deux enfants de la République, juif dans un cas, arabe dans l’autre», écrivait l’intellectuel, selon qui les marches silencieuses –associant, dans chacun des cas, SOS Racisme, le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et l’Union des étudiants juifs de France– prouvaient qu’il n’y avait pas «deux poids, deux mesures».
L’entourage de la victime estimait que l’enquête initiale avait été bâclée et la thèse du crime raciste trop vite écartée. «Les juges ont eu une vision étroite de ce dossier», pense encore François Saint-Pierre, avocat de l’épouse et du demi-frère de Chaïb Zehaf, qui considère ce sentiment «plus profond qu’on ne croit». Pour lui, les magistrats n’ont sondé que l’hypothèse d’un racisme assumé, formulé. Pas celui d’un racisme plus enfoui et refoulé. Très vite, un collectif, fort de plus de 500 signatures d’élus Verts ou communistes, de membres d’associations comme la Ligue des droits de l’homme ou le Mouvement contre le racisme et l’amitié entre les peuples (Mrap), réclame «la vérité sur l’assassinat de Chaïd Zehaf». Dans la foulée, le Mrap se constitue partie civile. Mais sa démarche est jugée irrecevable au motif que le mobile raciste du crime n’est pas établi.

«Alcoolique basique»
Ce samedi 4 mars 2006, Jean-Marie Garcia a commencé sa journée en faisant «la tournée de l’alcoolique basique», comme il dira plus tard à la juge d’instruction. Il boit depuis son adolescence, a fait deux cures de désintoxication, et replongé. Les psychiatres parlent d’un homme souffrant de carences affectives depuis l’enfance. Sa mère, violée assez jeune par un beau-père qu’elle a fini par épouser, l’a conçu avec un autre homme, qu’elle a rejoint plus tard. A 10 ans, le garçon a découvert que sa mère trompait son père et en a apporté la preuve à ce dernier. Les parents divorcent, la mère disparaît trois ans, l’enfant est élevé par un oncle, puis par ce père pied-noir d’origine espagnole, adepte des Témoins de Jéhovah, qui a donné à ses enfants une éducation extrêmement stricte. A l’adolescence, Jean-Marie Garcia se drogue et veut devenir armurier. En réaction, pense-t-il, aux Témoins de Jéhovah, qui prohibent les armes. Il joue parfois à la roulette russe, et conserve en souvenir une balle logée sous le nerf optique, que les médecins n’ont pu extraire. Ce 4 mars, il va de bar en bar, à la dérive. Trois mois plus tôt, il a trouvé sa maison vide: sa femme était partie avec leurs trois enfants. Il s’est réfugié chez sa mère, fait de plus en plus souvent la tournée des comptoirs. Le jour du meurtre, il a commencé par le Bar des beaufs, à Oullins, bu des bières très alcoolisées et «cinq à huit» whiskies purs. Dans l’après-midi, il repasse chez sa mère, se douche, se change. Elle veut le prendre en photo, car elle le trouve, dira-t-elle, «propre et bien habillé». Il lui dit qu’il part «aux filles». Mais avant de sortir, récupère sous son oreiller un Beretta parabellum qu’il prend souvent le soir, pour se sentir «protégé». Une arme de guerre, récemment achetée 3000 euros.
Vers 21h45, Garcia débarque au Bar du pont, dans le centre d’Oullins. Des témoins diront qu’il est arrivé en même temps que sa victime. Lui, affirme que non. Il retrouve son demi-frère, ainsi qu’un autre homme, au comptoir. Ils boivent encore. Garcia est chaud, avec plus de 2 grammes d’alcool dans le sang. Il sort un instant le pistolet, pour «faire le beau». L’arme est aussi chargée que lui: dix cartouches glissées avant de sortir. «Avoir un Beretta vide à la ceinture, autant avoir un bâton», dira-t-il à la juge.
«A bout touchant appuyé»
A son domicile, les enquêteurs trouveront un fusil à pompe, une Winchester, des revolvers, un pistolet-mitrailleur, des grenades, des explosifs, etc. Une cagoule également, ainsi que des paires de gants. Du matériel de gangster plus que de passionné, mais Garcia n’a jamais voulu dire d’où provenaient ces armes. Dans le passé, il a été condamné plusieurs fois pour des violences. Notamment en 2000, dans des circonstances évoquant de façon troublante le drame du 4 mars 2006. Parce qu’il avait dérapé au frein à main devant eux, il a été pris à partie devant un bar d’Oullins par un «groupe de jeunes Nord-Africains», racontera une patronne du bistrot. Lui parle de «racailles». Il est revenu avec un pistolet 9 mm, a tiré. Le groupe était parti et il s’en est sorti avec deux mois de prison ferme. Au Bar du pont, l’ambiance est plutôt calme. Le café retransmet un match de l’Olympique lyonnais et les clients sont contents car Karim Benzema, jeune star locale, a marqué. Puis le match se termine, la salle se vide. A partir de là, aucun des acteurs ne fait le même récit. Tous ont la mémoire défaillante, ou de bonnes raisons de mentir. Garcia tire une première fois en l’air, dans le bar, en disant «Je suis armé, je vais vous buter», selon le patron du bar. Il expliquera s’être senti menacé, sans préciser par qui. Le patron le met dehors, et la scène se poursuit devant le bar, sans beaucoup plus de témoignages fiables. Le meurtrier affirme qu’il a vu venir vers lui Chaïb Zehaf et son cousin. Il aurait pris peur en voyant Chaïb mettre une main dans son dos. «Pas eu envie d’attendre d’avoir un couteau dans le foie pour riposter», expliquera-t-il à un psychiatre. Il fait deux tirs «de sommation» puis vise Chaïb «centre masse tête», comme on dit à l’armée. Le cousin de Chaïb décrit, lui, comment Garcia les a braqués brutalement avant de lui tirer dessus, puis sur Chaïb. Riverains et badauds ne verront que la fin de la scène. Ils racontent une séquence très froide, un tireur très déterminé. Chaïb est atteint au sommet du crâne, «à bout touchant appuyé». Puis une autre fois à la tête, et deux fois au thorax, à distance. Son cousin, touché à un bras, affirmera le lendemain à Libération qu’il a entendu le meurtrier crier «Barrez-vous, enculés d’Arabes». Phrase qu’il ne répétera jamais aux enquêteurs.

Sur place, les policiers trouvent quelques témoins. Aucun n’évoque les propos racistes. Mais quelques jours plus tard, un demi-frère de Chaïb Zehaf, Abdelhalim, en trouve d’autres qu’il convainc d’aller témoigner. Il organise de véritables reconstitutions, car il a l’impression que les policiers ne prennent pas l’affaire au sérieux et écartent trop vite la thèse raciste. Un jeune homme, Sid-Ali, que les policiers ont voulu arrêter le soir du meurtre, affirme avoir entendu «sale Arabe, sale race de merde», au moment où Garcia tirait. Son témoignage laisse la justice sceptique, qui ne comprend pas pourquoi il n’a pas parlé plus tôt et estime qu’il était trop loin pour entendre ce qui se disait. Pourtant, selon les experts qui ont reconstitué le déroulement du meurtre, le récit du jeune homme est le seul à coller à leurs propres observations. Un autre témoin affirme qu’il a entendu le cousin répéter: «Attrapez-le, il vient de nous traiter de sales Arabes!» Mais selon les policiers arrivés après le meurtre, son témoignage ne tient pas.
«Tous des scorpions»
Les magistrats ont finalement écarté la circonstance aggravante du racisme, estimant les déclarations «confuses et contradictoires». Par ailleurs, les enquêtes dans l’entourage de Garcia n’ont pas révélé de comportements ou propos racistes dans le passé. Dans l’usine très métissée où il fabriquait des portes pare-balles pour les Airbus, il n’a jamais eu de problèmes. «J’ai des copains maghrébins, j’ai vécu dans des foyers Sonacotra, des immeubles cosmopolites, dit-il à la juge. Je ne juge pas à la race.» Son demi-frère confirme: «A l’école, il était avec des Arabes. Son père est pied-noir, moi je suis d’origine juive, ma mère est italienne. Je ne vois pas comment quelqu’un de raciste se mêlerait avec les gens de cette façon.» Reste l’hypothèse d’un retour du refoulé, une fois désinhibé par l’alcool. Aux psychiatres, Garcia a parfois tenu des propos curieux. Parlant de sa victime et de ceux qui l’accompagnaient, il a dit à l’un d’eux: «Tous des bandits, des scorpions. Ils sont tombés pour braquages [Chaïb Zehaf était inconnu des services de police, ndlr]. Les policiers vous diront qu’Oullins, c’est Chicago.» Il se vit un peu en justicier, dit que s’il y avait plus de gens comme lui, «il y aurait moins d’agressions dans les villes». L’instruction a finalement écarté la circonstance aggravante du racisme, alors que François Saint-Pierre, avocat de l’épouse et du demi-frère de Chaïb Zehaf, demandait une mise en examen supplétive, en arguant des deux témoignages, de l’absence de mobile, et aussi de la découverte, dans l’arsenal de Garcia, d’un fourreau de baïonnette décoré d’un aigle nazi. «Mon client a toujours dit qu’il l’avait acheté pour la plus-value économique qu’il pouvait en tirer, pas à des fins idéologiques, répond Frédéric Lalliard, avocat de Jean-Marie Garcia. Je suis par ailleurs assez d’accord sur le fait qu’il n’y a pas de crime sans mobile, mais mon client, désinhibé par l’alcool, s’est senti agressé. Les barrières sont tombées chez quelqu’un qui est à peu près obsédé par les armes.» François Saint-Pierre estime pour sa part que Garcia «dénie la symbolique nazie, comme il nie son crime raciste». L’avocat reste persuadé qu’il n’aurait «pas fait feu sur une personne européenne et d’un milieu social différent». Pour que ce débat ait lieu devant la cour d’assises, il compte faire venir à la barre Dominique Sopo et Bernard-Henri Lévy. Il attend d’eux qu’ils se fassent «les témoins de l’écho social de ce crime». Puis il demandera à la cour de délibérer en se posant la question «subsidiaire» du racisme. «Ainsi, dit-il, nous serons allés au bout de notre démarche». Un jury populaire répondrait définitivement à «l’écho social».
Olivier BERTRAND pour libélyon

En savoir plus :
Metro : “J’ai honte d’être un meurtrier”
Europe 1 : Le racisme est-il le mobile du meurtre de Chaïb Zehaf à Oullins ?
Lyon mag : Procès de Jean-Marie Garcia : l’accusé nie être raciste
Le Figaro : Chaïb Zehaf : pas de mobile raciste ?


Chaïb Zehaf a-t-il été victime d'un crime raciste ?

Ce lundi s'ouvre devant les assises du Rhône le procès de Jean-Marie Garcia, pour le meurtre en 2006 de Chaïb Zehaf, qui a été tué à la sortie d'un bar à Oullins. La famille de la victime souhaite que la question du caractère raciste du crime soit posée aux jurés.Trois ans après, la famille de Chaïb Zehaf ne comprend toujours pas. Pourquoi ce père de famille sans histoire a-t-il été assassiné à la sortie d'un bar PMU, où il venait de regarder un match de football (OL / Ajaccio ) avec son cousin ? Le 4 mars 2006, Jean-Marie Garcia, ivre au moment des faits, sort un pistolet semi-automatique 9mm et tire à plusieurs reprises en direction de Chaïb Zehaf, qui est atteint de trois balles.
Malgré deux témoignages évoquant des insultes racistes au moment des tirs, le procureur de la République, Xavier Richaud, n'a pas retenu la circonstance aggravante de crime raciste à l'encontre du meurtrier présumé. "C'est innaceptable", indique Loïc Rigaud, directeur de SOS Racisme à Lyon."Ce crime a eu lieu peu après les émeutes des banlieues de novembre 2005. On a le sentiment dans cette histoire que le Procureur n'a pas voulu mettre de l'huile sur le feu", poursuit Loïc Rigaud.
SOS Racisme qui n'a donc pas pu se porter partie civile pour ce procès, mais a obtenu que le philosophe Bernard-Henri Lévy soit cité en tant que "grand témoin" à l'audience, pour que la question soit posée aux jurés. Pour la famille de Chaïb Zehaf, la personnalité de Jean-Marie Garcia laisse à penser qu'il a tiré en raison de l'origine ethnique de la victime. "On a retrouvé des armes, des explosifs, des détonateurs à son domicile ainsi qu'un étui marqué d'une croix gammée", confie Halim Tiaibi, le demi-frère de Chaïb Zehaf.Début du procès ce lundi 26 janvier à 9h30 - cour d'assises du Rhône . http://www.lyoncapitale.fr/index.php?menu=01&article=7116
Deux thèses :
[...] Deux thèses s'affrontent: celles de SOS Racisme, qui, avec Bernard-Henry Lévy, dénonce la caractère "raciste" du meurtre, et de l'instruction qui a renoncé à cette qualification aggravante. [...]
La thèse de SOS Racisme
"Sans vouloir nous substituer à la justice, nous restons convaincus du caractère raciste de ce crime", estime SOS Racisme, qui souhaite que "cette question soit posée aux jurés lors de l'audience". L'écrivain Bernard-Henry Lévy et le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, seront cités en tant que "grands témoins" par les parties civiles.
Un autre responsable de l'organisation, Loïc Rigaud, a regretté que SOS Racisme "n'ait pu se porter partie civile du fait de la non-reconnaissance du caractère raciste du crime". http://info.france2.fr/france/50857689-fr.php
Plus d'infos :
M6 : Justice : polémique sur un meurtre
Nouvel Obs : Le procès du meurtre d'Oullins s'ouvre lundi à Lyon
20 minutes : La thèse du racisme refait surface
Metro : Chaïb a-t-il été victime d’un crime raciste?
Actualité française : Meurtre d'Oullins : un crime raciste ?

JUSTICE ET VERITE POUR CHAIB !

Pour que le caractère raciste du crime puisse être jugé.
Souvenez-vous de cette nuit du 4 mars 2006 : Chaïb ZEHAF, 42 ans, père de trois enfants, d’origine Algérienne, est abattu de trois balles, dont une tirée à bout touchant, en sortant d’un bar.
L’instruction aujourd’hui terminée confirme qu’aucune altercation n’a eu lieu auparavant entre l’accusé, Jean-Marie Garcia et la victime Chaïb ZEHAF. Chaïb, ne connaissait pas son agresseur, son seul tord était de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment.
Nous, la famille de Chaïb et SOS Racisme, attendons ce procès depuis 3 ans. Sans vouloir se substituer à la justice nous restons convaincus du caractère raciste de ce crime, au vu des éléments du dossier dont nous sommes en possession.
Nous avons demandé à plusieurs reprises au cours de l’instruction, que le caractère raciste de ce crime soit retenu par le parquet, sans succès. Nous souhaitons que cette question soit posée aux jurés lors de l’audience qui se déroulera du 26 au 30 janvier afin qu’ils puissent se prononcer sur l’ensemble des faits et rendre une décision la plus juste possible.
Pour cela, SOS Racisme sera présent au procès par l’intermédiaire de Maître Patrick KLUGMAN, avocat de la famille aux cotés de Maître Saint PIERRE. Dominique SOPO, Président de SOS Racisme et Bernard-Henri LEVY, philosophe, seront cités en tant que « Grands Témoins » par les parties civiles. Ils expliqueront les conséquences et la portée d’un tel crime pour la société Française.

Pour la famille : Souad ZEHAF, Fatima ZEHAF, Halim TIAIBI.
Pour SOS Racisme : Loïc RIGAUD, Patrick KLUGMAN