SOS Racisme Partenaire de Quat'rues

samedi 23 octobre 2010

Lyon : dangereux face-à-face

Un bloc de jeunes gens inspirés de l'extrême droite a fait irruption dans les rues lyonnaises. Maintenu à distance d'un camp adverse composé de militants anarchistes et de jeunes de cités. Dans une ville quadrillée de policiers



yon encore baigné dans un climat surréaliste tout au long de la journée d'hier. Au son des sirènes, des cris de foule. Au rythme des fourgons de police, des courses de groupes hétéroclites, un peu partout dans le centre, beaucoup autour de la place Bellecour. Le tout sous le bourdonnement de l'hélicoptère qui s'installe dans le ciel lyonnais comme un oiseau de mauvaise augure. Il suffit de suivre son vol pour comprendre où se déplacent les soucis. Hier, les soucis ont pris une nouvelle tournure. Une mauvaise tournure, aux relents nauséabonds. Des groupes, cristallisés en deux blocs ont cherché l'affrontement. D'un côté, une assemblée de jeunes gens qui semble nettement ancrée du côté de l'extrême-droite. Sans s'en revendiquer ouvertement. « Notre ville n'est pas là pour être démontée, on fait parti du peuple lyonnais, on ne veut pas des casseurs », dit un jeune homme, foulard noir au cou, équipé de gants rembourées. Aucun mouvement affiché, mais une volonté sourde d'en découdre. Ce bloc s'est donné rendez-vous en milieu d'après-midi, quai Rambaud, sur les quais de Saône. Environ 140 jeunes gens, immédiatement encadrés pour un contrôle d'identité. Sans déclaration préalable, sans autorisation, ils encourent un « délit d'attroupement ». Les voilà prévenus. Ce qui ne les dissuade pas de faire mouvement vers la place Bellecour. Là, un autre camp, d'environ deux cents personnes, a investi la place. Il mêle des jeunes des cités, enfants de l'immigration, et des militants de tendance anarchiste. Pour les policiers, la stratégie consiste à contenir ces groupes, les isoler, les séparer, pour éviter des affrontements potentiellement inquiétants. Ce jeu incessant de chats et de souris provoque une scène saisissante, vers 17 heures. Ce n'est plus la place Bellecour, ni le Pont de la Guillotière. Cette fois, c'est la place Ampère, dans le quartier d'Ainay, qui est complètement coupée du monde, ceinturée de cordons policiers hermétiques. Au milieu, environ 150 jeunes gens qui déploient un drapeau tricolore, scandent des slogans aux tendances peu équivoques. Du style : « La racaille, t'es foutue, les Lyonnais sont dans la rue.» Ou encore, dans une allusion détournée du slogan fondateur de SOS racisme : « Touche pas à ma ville ». Certains chants s'accompagnent de gestes proches de ceux de supporters de foot. Dans la rue Victor-Hugo aux rideaux baissés, une fenêtre s'ouvre, un homme brandit un drapeau Lyonnais, crie : « Rentrez chez vous. » Tout autour de la place, des petits groupes tournent, semblent chercher la faille, répliquent: « On est chez nous. » Les deux camps s'invectivent, se provoquent. Fachos contre anars : on n'est plus dans le folklore classique des campus universitaires. Des groupes donnent une nouvelle dimension à la crise sociale, en cherchant la bagarre, sur fond d'idéologies antagonistes, pas vraiment déclarées. Et avec des nouveaux invités, des jeunes de cités, sans appartenance politique. Un coktail inquiétant. Quatre poings américains, un couteau, un tournevis, ont été découverts dans un égoût, près de la place Ampère. Dans l'après-midi, huit jeunes gens ont été arrêtés vers Perrache, munis de barres de fer, considérés comme « anarcho-libertaires » par la police. En début de soirée, les jeunes, extrémistes droitiers présumés, sont exfiltrés de la place Ampère, dans des bus. Direction l'hôtel de police central. Motif : attroupement illégal. Bloc contre bloc, la guerre n'a pas eu lieu. Policiers et gendarmes, épuisés par une semaine de tensions, ont joué les casques bleus.http://www.leprogres.fr/fr/permalien/article/4021768/Lyon-dangereux-face-a-face.html

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